Permis de tuer à la Réunion

par Isabelle Croizeau | le Samedi 8 Octobre 2011 | Lu 2961 fois

  

Depuis le mois de juin, les attaques de requins se sont multipliées sur les côtes de la Réunion. Deux morts : la situation est certes grave, mais certaines solutions proposées par les autorités laissent perplexe...


Episode 1 : la décision du préfet

Œil pour œil, dent pour dent : après l’attaque d’un surfeur par un requin sur une plage de la Réunion il y a une quinzaine de jours, le verdict était tombé. Le préfet avait décidé qu’il fallait tuer dix requins à proximité du site de l’accident. Bouledogues et requins-tigres, désignés comme les coupables probables des attaques, étaient en ligne de mire et devaient être châtiés. Et deux pêcheurs désignés par le préfet ont été chargés de la besogne. Sans beaucoup de succès d'ailleurs, puisqu'après trois jours de traque, seul un requin bouledogue a été capturé.
Permis de tuer à la Réunion

Episode 2 : le projet de "grande battue" d'Eric Raoult

L'affolement des baigneurs, et des surfeurs, a rapidement fait tache d'huile, et atteint la métropole : en milieu de semaine, avant même la nouvelle attaque survenue mercredi sur un kayakiste qui a réussi à faire fuir le requin, la "question" posée à l'Assemblée Nationale et publiée le 4 octobre au Journal Officiel ne devrait pas manquer de faire réagir. Eric Raoult, le député UMP de Seine-Saint-Denis,  propose une solution pour le moins radicale : "une grande battue contre les requins mangeurs d'hommes".
Huguette Bello, en tant que maire de Saint-Paul, a été claire : "Je ne commenterai évidemment pas les solutions préconisées dans cette question si ce n’est pour remarquer qu’elles dénotent une grande méconnaissance de la dramatique réalité à laquelle les Réunionnais doivent faire face actuellement", a-t-elle écrit au Président de l'Assemblée. Dans une lettre adressée en fin de semaine à Nicolas Sarkozy, elle expliquait au contraire qu'il était important d'entamer "un travail approfondi qui s’articule autour de trois axes : études et connaissances scientifiques,  information et prévention auprès des usagers,  alerte et gestion opérationnelle.  Les études scientifiques vont être lancées ces jours-ci au niveau local afin d’identifier les causes qui sont à l’origine de ces attaques. II nous semble indispensable, a-t-elle ajouté, dans cette phase, de pouvoir bénéficier des compétences des experts internationaux reconnus dans ce domaine".
Permis de tuer à la Réunion

Les ventes de systèmes répulsifs vont-elles exploser ?

En attendant, les locaux essaient de trouver des solutions. Un commerçant de Boucan Canot, la plage de la dernière attaque, proposerait par exemple à la vente des bracelets "shark shocker", dont les ondes magnétiques perturberaient les récepteurs des requins et limiteraient la possibilité d'une attaque. Mais le commerçant, d'après la presse réunionnaise, ne promet pas de miracle. Et il a raison. Si ces systèmes "surprennent" en quelque sorte l'animal dans un premier temps, il semble s'en accomoder assez vite.



Les vraies questions

Les associations de protection montent au créneau, et même notre BB nationale s’est émue du sort des requins. Plus raisonnablement, et comme l’ont souligné certains spécialistes, la mise à mort d’une poignée de requins ne résoudra pas le problème : nous sommes de plus en plus nombreux dans l’eau, et nous nous baignons dans des endroits où, traditionnellement, personne n’aurait risqué un orteil il y a 30 ans. C’est donc peut-être à nous de nous poser des questions. Aussi triste que soit le dernier accident survenu au mois de septembre, on peut imaginer à quoi ressemble, dans une mer agitée, un surfeur sur sa planche…

 
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