Guadalupe : plonger avec les grands requins blancs

par Ludovic Savariello | le Samedi 22 Octobre 2011 | Lu 10427 fois

  

Une île perdue dans les eaux claires du Pacifique, des requins blancs omniprésents, des otaries par centaines, deux passionnés qui plongent là depuis dix ans : autant d’ingrédients qui font de la croisière à bord du Nautilus Explorer une recette à savourer sans retenue.


Guadalape Island : Parc National depuis 2003

Posée dans l’immensité de l’Océan Pacifique, Guadalupe est une île volcanique située à 180 miles nautiques du port mexicain d’Ensenada sur la côte Ouest du Mexique en baie de Californie. Malgré cet éloignement, l’homme est passé par là : il y a plus de 60 ans, les otaries de l’île de Guadalupe (Arctocephalus townsendi) et les lions de mer (Zalophus californianus) en ont largement fait les frais. A l’époque, la chasse commerciale était à l’ordre du jour. Quasiment disparus de l’île, ces animaux placides ont heureusement vu, depuis, leur population remonter et coloniser par la même occasion d’autres îles environnantes. Plus tard, l’introduction des chèvres a dévasté les paysages, toutes les plantes accessibles broutées par les nouvelles habitantes ! Aujourd’hui, Guadalupe est classée Parc National, une décision prise par les autorités mexicaines en 2003 : faune et flore sont maintenant étroitement surveillées.


Premières études sur les Grands Blancs en 1999

Les études scientifiques réalisées en 1999 portant sur l’inventaire de la biodiversité marine et terrestre ont révélé la présence importante des grands requins blancs (Carcharodon carcharias). Cette concentration saisonnière et particulière a conduit à la mise en place de croisières plongée basées sur la rencontre avec ce formidable prédateur des mers. Depuis 2001, entre 5 et 9 bateaux y viennent régulièrement. Les grands blancs sont présents à Guadalupe entre juillet et décembre. Et en août et septembre, il est possible de rencontrer en une seule plongée (en cage !) plusieurs spécimens. A cette période, les conditions météorologiques sont excellentes. Entre octobre et novembre, elles se détériorent et les rencontres sont moins nombreuses mais les spécimens croisés sont énormes !


A bord du Nautilus Explorer

Si vous souhaitez rencontrer les requins blancs et bénéficier de l’expérience de Jessie et de Mike Lever, le capitaine, il vous faudra embarquer sur le Nautilus Explorer, magnifique navire pouvant accueillir 23 personnes. Les plongées se font en cages (deux se situent à 13 m, une autre à 5 m et une troisième en surface). A Guadalupe, tout comme en Afrique du Sud ou en Australie, Charcarodon charcarias a réussi à mettre en cage son principal prédateur : l’homme ! Et l’observer dans une eau d’une visibilité exceptionnelle désacralise l’image du tueur sanguinaire que l’homme lui a donné. Curieux et très méfiant à la fois, il ne gaspillera jamais d’énergie pour une chasse inutile. Il ne mange pas tous les jours, alors il s’économise… Au cours d’une même plongée, nous avons vu jusqu’à 7 requins blancs nager autour des cages. Mais ils ne viennent pas spontanément : des odeurs de poissons se dégageant des sacs attachés aux cages constituent des stimulateurs indispensables pour les approcher. Sur Guadalupe, des pêcheurs d’ormeaux plongent en bouteille et sans cage dans ces eaux « infestées » de requins blancs, et il n’y a jamais eu de pêcheurs dévorés…


Concilier business et protection

Certes, Mike Lever a fait de sa passion pour la plongée un business. Devenu instructeur PADI en 1991 après avoir découvert la plongée au cours de vacances à Phuket, il a acheté son premier bateau de croisière en 1992. Mais il n'en oublie pas pour autant ses priorités. "Quand je décide de renoncer à plonger pour poursuivre au large un pêcheur illégal et de le persuader de se rendre à terre pour une inspection, cela coûte quelques plongées à nos clients. Mais je crois qu'il est très important de faire de notre mieux pour préserver notre biosphère. C'est en tout cas ce que je veux transmettre à mes enfants, continue-t-il. En 20 ans, j'ai assisté par exemple au déclin des rockfish en Colombie Britannique et en Alaska, et je suis déterminé à faire mon possible pour éviter que la même chose arrive aux requins et aux mantas au Mexique. Je ne peux pas nager jour après jour avec les géantes magnifiques et avec les requins sans ressentir le besoin d'aider à les protéger." 

Comptage et photo-identification

Sur le Nautilus Explorer, Jessie Harper et Mike Lever sont sûrement les personnes connaissant le mieux les requins blancs de Guadalupe. Ils y plongent chaque semaine depuis 2001. En collectant les clichés réalisés par tous les plongeurs, un référentiel d’identification a pu être constitué des profils gauche et droit des requins repérés. Cette méthode associée aux différents comptages réalisés par les scientifiques a permis d’estimer la population de requins blancs présente à Guadalupe entre 130 et 150 individus. Un scientifique mexicain Mauricio Hoyos vit 4 à 5 mois sur cette île afin d’en apprendre un peu plus sur cette espèce encore méconnue. L’explication d’une telle concentration saisonnière à Guadalupe est d’ailleurs sujette à plusieurs hypothèses.


Alimentation et reproduction

La présence importante des otaries et lions de mer constitue probablement un garde-manger pour les requins blancs se nourrissant exclusivement de viande riche en graisse. Au-delà de l’aspect purement alimentaire, l’île de Guadalupe serait, apparemment, un lieu où les requins blancs viendraient pour se reproduire. Mickaël Domeier, scientifique américain, a réalisé en 2009 une campagne sur l’île de Guadalupe afin de prouver cette hypothèse. Pour cela, un mâle requin blanc a été sorti de l’eau pendant 12 minutes afin de pouvoir prélever des échantillons de sang et de sperme. Les résultats de ces analyses ont montré que ce mâle était prêt pour l’accouplement. La théorie de la reproduction à Guadalupe semble donc être confirmée. Par ailleurs, la mise en place de balises sur certains requins a permis de découvrir que ces derniers parcouraient de très grandes distances. Ceux de Guadalupe s’y retrouvent uniquement de juillet à décembre. Le reste de l’année ils font un périple de plusieurs centaines de kilomètres dans une zone que les scientifiques américains ont baptisé le SOFAS. Le centre de cette zone se situe à égale distance entre Guadalupe et Hawaï.


Les îles San Benito, un autre monde

Plus au Nord, à environ deux jours de navigation, Mike nous amène dans l’archipel des îles San Benito. C’est un autre monde, une autre atmosphère. En surface, l’air est plus frais, au fond, l’eau est plus froide. Et puis, il y a cette particularité si singulière : avant même de faire un saut droit, il faut, à San Benito, bien viser sans quoi vous risquez de vous retrouver empêtré au milieu de milliers de petits bras verts à bulbes. En effet, du fond jusqu’en surface une algue géante plante le décor ! Le kelp forme une véritable forêt dans laquelle je reste émerveillé par la faune, la flore et les jeux de lumières. La visibilité est extrêmement mauvaise du fait des conditions météo déplorables. Néanmoins pas suffisamment mauvaise pour cacher la robe orange vif du Garibaldi, poisson emblématique de cet habitat. Mais je ne suis pas venu ici pour cela, nous avons tous le même objectif : plonger au milieu des otaries de Californie. Elles sont là en surface mais sitôt en immersion, ce n’est pas chose facile de les approcher. Parfois, un individu passe en trombe en virevoltant avec une rapidité déconcertante. Le requin blanc le sait bien, le seul moyen pour en attraper un c’est l’attaque surprise. En effet, une otarie ayant repéré un grand blanc ne laisse aucune chance au plus grand prédateur des mers.


Me faire accepter par les otaries

Décidé à me faire accepter momentanément par un groupe, je choisis de m’isoler et d’aller dans une zone où les otaries jouent dans les vagues. Le ressac à faible profondeur me trimbale dans tous les sens. Cela ne fait rien, je décide de rester là, histoire de faire partie du paysage. Je dois pour cela supporter plusieurs tentatives de dissuasion : quelques mâles courageux foncent sur moi en lâchant au dernier moment un halo de bulles à quelques centimètres de mon masque. Je ne désespère pas et attends comme cela une heure. Enfin, deux, trois, puis plusieurs dizaines d’otaries recommencent à investir cette aire de jeu. Je suis petit à petit accepté par le groupe ! Ils jouent entre eux, petits et grands, dans un tapis d’algues, bercés par la houle. Je commence alors à prendre mon appareil photo. J’ai l’impression de faire partie d’une scène de «La petite maison dans la prairie » ! Ils sont tous si mignons qu’ils me donnent envie de jouer avec eux ! Un petit vient m’inspecter de très prés. Je vois très distinctement ses petites oreilles, et les grosses moustaches qui lui servent à rechercher ses proies me chatouillent le visage.

D’autres destinations à explorer

Après une heure et demie passée dans une eau à 16 degrés, je dois me résigner à remonter. Le Nautilus Explorer rentre alors à son port d’attache. Et je comprends mieux le nom de ce superbe navire une fois la croisière terminée. Explorer, c’est bien le but du capitaine : « je suis en train de chercher d’autres destinations dans le Pacifique Sud, explique Mike, où il n’y aurait pas encore de croisières. Je regarde aussi du côté des Aléoutiennes, et de toute la côte Est de Russie. Pour partager ensuite cette passion avec nos passagers. C’est ça qui nous fait avancer. »

Ludovic Savariello
Ludovic Savariello

sur scuba people


Plongée Guadalupe : pratique

Meilleure période
Août à Septembre : les conditions météo sont bonnes.
Les requins blancs sont nombreux mais ce ne sont pas de gros spécimens.
Octobre à Novembre : les conditions météo se dégradent.
Les requins blancs rencontrés sont énormes !

Décalage horaire - 7 h en été et – 8 h en hiver.
Monnaie : Paiement sur le bateau en dollars.
Langue Anglais indispensable !
Courant électrique : Prises américaines sur le bateau : prévoir impérativement un adaptateur.
Santé : Pas de risques sanitaires spécifiques.

Pour un voyage de 14 jours, la croisière commence à partir de 4200 euros.

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