You buy peanuts, you are monkey !

par Patrick Marchand | le Samedi 8 Octobre 2011 | Lu 1267 fois

  

Un de mes amis, qui avait appris l’anglais sur des chantiers pétroliers en Afrique, disait souvent « you buy peanuts, you are monkey ! », que l’on pourrait traduire par « si vous achetez des cacahuètes, alors vous êtes un singe ». On évitera de s’attacher au verbe pour se consacrer à l’idée.


Je sais que l’idée ne plait pas, en général, mais il faut bien admettre, en préambule à ce billet, qu’un plongeur, aussi respectable soit-il et aussi haute que soit l’opinion qu’il a de lui même, n’en reste pas moins un consommateur, un client. Il nous plait de croire que parce que l’on partage la même passion avec lui, et encore pas toujours, le vendeur qui est de l’autre côté du comptoir et plus encore son patron, est notre ami : plongeur mon frère, etc etc…
You buy peanuts, you are monkey !

Mais dans la réalité, un patron de magasin de plongée paye un loyer ou les traites de ses murs, son électricité, la vitrine qui a été encore une fois vandalisée la semaine dernière, l’assurance qui lui donne parfois des regrets qu’elle ne le soit pas plus souvent, les agios bancaires parce que l’on est en février et que c’est maintenant, au plus creux du marché, qu’il doit payer les détendeurs qu’il a vendus à Noël, les salaires de son personnel, dont il faut ici rappeler qu’ils ne sont trop faibles que pour ceux qui les perçoivent mais odieusement coûteux pour celui qui les paye, la faute, le plus souvent, à de nombreux avantages que lui même, petit entrepreneur indépendant prioritairement pressurisé ne percevra jamais mais dont il verra quotidiennement d’autres que lui en profiter pour venir lui faire la leçon. Si certains d’entre vous voient dans ce propos un plaidoyer en faveur du libéralisme, qu’ils essayent d’acheter un détendeur dans un kibboutz ou dans une ferme coopérative en chine populaire et on en reparlera ensuite ! Et notre patron de magasin de plongée dans tout ça ? il lui faut bien payer tous ces frais et pour ça il doit compter sur ce que les comptables appellent la marge brute, c’est à dire, pour les plus incultes d’entre vous, la différence entre son prix d’achat et son prix de vente.

Démonstration en quatre exemples

Je me suis amusé à aller glaner quelques indiscrétions et je ne vais probablement pas me faire que des amis avec ces 4 exemples. Un ordinateur Galiléo Sol, fer de lance de Scubapro, symbole du savoir faire d’Uwatec dans le domaine coûte 750 euros hors taxe à l’achat et devrait se vendre 1299 euros TTC, un pack Aqualung Legend avec octopus et mano, 284 euros hors taxe et devrait être vendu 596 euros TTC, un ordinateur Mares Puck coûte 135 euros hors taxe pour le revendeur et devrait se vendre 199euros TTC et enfin, une paire de palmes Cressi Réaction Pro qui coûte 28 euros à l’achat hors taxes devrait se vendre 51,80 euros TTC. Imaginons un magasin qui a vendu un exemplaire de chaque, il aura réalisé un chiffre d’affaire de 2148,80 euros, il paiera à l’état 354,35 de TVA et il lui restera donc une marge de 597,25 euros. Suivez moi bien, vous allez rire. En réalité, si vous faites partie de ces chasseurs de remise sur la toile, vous avez pu assez facilement trouver au cours des derniers mois, ces 4 produits pour respectivement 798, 399, 126 et 30 euros, soit un chiffre d’affaire total pour un magasin qui aurait suivi ces tarifs de 1353 euros TTC soit 1131,27 euros hors taxe pour un achat de 1197,20 ! cherchez l’erreur. Elle est simple !
You buy peanuts, you are monkey !

Quand vous faites l’impasse sur le magasin …

Premier constat, un magasin qui ne bénéficie pas de sur remise ne peut pas tenir ces prix de vente puisque la vente à perte est, outre imbécile, interdite par la loi. Et un magasin qui a des remises et peut tenir ces prix ne gagne de toute façon plus rien. Et alors me direz-vous, nous ce qu’on veut c’est payer le moins cher possible. Et bien comme un film d’horreur qui révèle après 2 heures de suspens en une petite minute que la bête n’est pas morte, fin de l’histoire, générique, ma conclusion tient en quelques lignes. A chercher les prix les plus bas, à faire la chasse aux remises pour des produits dont vous n’avez pas forcement besoin, à vouloir coûte que coûte payer un Legend au prix d’un Titan ou un Galiléo au prix d’un 2G, vous avez fini par trouver. En faisant l’impasse sur le magasin, sur la vitrine, sur les vendeurs, sur les loyers, l’internet, devenu une méthode de distribution à base d’entrepôt vous a fourni ce que vous vouliez. Pire, certains magasins ont été assez stupides, et croyez moi je choisis mon langage, pour se laisser aller à suivre et pour vendre leur âme au système !

La fausse bonne affaire

Vous, vous êtes heureux, vous payez le prix le plus bas et vous avez bonne conscience, pourtant il m’arrive de lire sur ce site qu’il faut aller emmerder un petit commerçant pour lui arracher l’info que les vendeurs électroniques ne possèdent même pas et se précipiter ensuite sur le net pour trouver un tarif, pourtant mes copains qui ont des magasins, et ils sont nombreux, doivent quotidiennement recueillir des acheteurs décérébrés et suffisamment mal élevés pour venir chercher une notice en français ou un changement de pile sous garantie pour un engin livré depuis l’Espagne sans aucun service assorti à l’achat. Il m’est arrivé aussi de voir sur un bateau de plongée en Egypte un plongeur qui déclare ne jamais plonger en dessous de 28° avec un Legend Glacia aux performances bridées pour tenir à très basse température et au premier étage fragilisé par des ailettes indispensables sous glace mais tout à fait inutiles ailleurs, et tout cela au simple motif qu’il a payé la chose au prix du Legend ordinaire… Ces consommateurs là, comme un canard a qui on a tranché la tête et qui continue à courir en ignorant qu’il est déjà mort, ces consommateurs là pensent encore qu’ils ont fait une bonne affaire.
You buy peanuts, you are monkey !

Rendez-vous une veille de départ

Rendez-vous la veille du premier week end de l’année quand il vous faudra trouver une pile en urgence pour votre Viper (209 versus 299) et surtout n’oubliez pas de faire une photo quand il faudra prendre votre premier étage à ailettes avec une paire de pince universelle made in china pour le démonter du robinet pourri de votre prestataire Egyptien (celui à 995 la croisière, l’autre à 1280 a changé ses robinets l’an dernier). Mon pote avait raison. You buy peanuts, you are monkey ! Moi Je connais quelques adresses où on vous aurait dit qu’un Zoop à 199 euros fait la même chose qu’un Viper, vous auriez dépensé la même somme, en plus il serait orange, joli, et le 31 juillet, qui tombera un mardi en 2012, vous auriez pu appeler mon pote vers 19H50 et lui demander de vous attendre 5 minutes pour vous mettre une pile neuve.

Il aurait dit oui.
You buy peanuts, you are monkey !

Bon encore quelques mois et de toute façon vous devrez payer la poste pour emporter votre ordinateur en réparation à Hong kong. Remarquez, vous pourrez toujours mettre Fédéral Express en concurrence. La fête continue.

Patrick Marchand
Patrick Marchand
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