Tahia : Cap sur les Caraïbes

par Isabelle Croizeau | le Samedi 11 Juin 2011 | Lu 2192 fois

  

Pendant plusieurs semaines, une équipe de tournage a suivi la navigatrice Maud Fontenoy à bord de son voilier Tahia, la « princesse qui danse sur les vagues », dans les Caraïbes : le documentaire, diffusé mardi sur France 2, les a menés du laboratoire de Gruber aux baleinières de Saint-Vincent, en passant par les cétacés de Guadeloupe. Un voyage sur et sous la surface pour aller au delà de ses préjugés.


Porte-parole de l’Unesco pour les océans

La navigatrice a eu l’idée de faire un film sur les océans après son tour du monde à contre-courant. « Le voyage que nous racontons dans « Tahia, cap sur les Caraïbes », explique-t-elle, s’inscrit dans la continuité de tout ce que j’entreprends en faveur de la sauvegarde des mers. En 2008, j’ai créé la Maud Fontenoy Fondation qui a pour vocation de protéger les océans et le littoral*, principalement au travers d’actions pédagogiques. Je suis porte-parole de l’Unesco pour les océans et vice-présidente du Conservatoire du littoral. Ainsi, j’espère toucher encore plus de monde avec ce film et réussir à expliquer à quel point les océans sont indispensables à notre bien-être et notre survie. «
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Mais je ne voulais surtout pas d’un discours culpabilisant.

« L’enthousiasme, la joie et l’énergie que dégage le film valorisent la nature humaine, insiste Maud. » En montrant avant tout de belles images du monde marin, et des hommes et des femmes attachants et sincères, elle espère sensibiliser le grand public. Le but est de démontrer que de petits gestes peuvent nous inspirer et que protéger la planète peut être enthousiasmant. « La mer n’est pas juste l’endroit où on va passer des vacances merveilleuses, c’est une des plus importantes usines d’oxygène du monde, un régulateur du climat, une source, alimentaire, que l’on souhaiterait intarissable, conclut-elle ».

Navigatrice et plongeuse

Maud Fontenoy était déjà plongeuse, mais elle a pris le temps, avant le tournage, d’aller suivre une formation en Egypte pour être plus opérationnelle, et dépasser la technique. Ensuite, raconte le réalisateur sous-marin René Heuzey, « Maud nous a fait confiance, et elle a joué le jeu des émotions spontanées ». Avec naturel et humilité, consciente de ses limites personnelles mais bien décidée à les dépasser.

Les requins, une angoisse de navigatrice

« Lorsqu’en plein océan, raconte Maud Fontenoy, avec 10 000 mètres de profondeur sous mes pieds, j’ai dû passer sous mon bateau pour nettoyer la coque, enlever des algues ou réparer quelque chose, oui j’étais bien angoissée à l’idée des requins qui pouvaient se promener là. Mais, dans le film, on me voit plonger avec ces grands prédateurs qui sont d’ailleurs bien plus effrayés que nous. Cela dit, les requins citron ou marteau restent des animaux très impressionnants et je ne vous parle pas du requin tigre qui m’a fait très peur lors d’une plongée de nuit ! «
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Des requins tigres aux Bahamas

C’est sans doute l’une des séquences qui aura le plus marqué l’équipe. En fin d’après-midi, alors qu’ils espéraient depuis des heures voir apparaître un requin tigre, René était à l’échelle, en PMT, scrutant le fond pendant que le reste de l’équipe était à bord du bateau. Le temps passait, le jour baissait, quand il est enfin apparu : à l’appel de René, tout le monde s’est équipé, Maud y compris, et s’est mis à l’eau. Pas simple quand on n’est pas une habituée des grands squales. Et lorsque l’on voit Maud serrer le bras de son guide de plongée, on comprend qu’elle a pris sur elle : plonger avec un tigre de quatre mètres, c’est un vrai challenge.

Sécurité avant tout

« Mais pour toutes ces séquences, insiste René Heuzey, nous avons pris toutes les précautions pour qu’elle se sente malgré tout en sécurité ». Un plongeur spécialement chargé de surveiller les mouvements des animaux veillait. Et la navigatrice n’a rien regretté : découvrir les requins en compagnie du professeur Gruber (NDLR : voir le spécial requins, Le Mag Numéro 5) ressemble bien à un traitement de faveur. Qui lui aura permis de modifier quelque peu son point de vue sur les grands prédateurs.

Se faire une idée par soi-même

Et c’est aussi l’un des fils rouges de ce documentaire : se faire une idée souvent nouvelle d’une réalité que l’on voyait de loin, et comprendre sans porter de jugement. A Saint-Vincent, Maud rencontre ainsi Austin, capitaine d’une des deux dernières baleinières autorisées à sortir. Et là encore, ses certitudes et celles du spectateur vacillent et le but est atteint : faire prendre conscience de certaines réalités marines qu’on ne soupçonnait pas. Avec humilité, l’esprit ouvert, on découvre, on apprend, dans une sorte de voyage initiatique, même s’il n’aura duré que quelques semaines.
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Les baleines de Bequia

« Jusqu'au dernier moment, raconte Michel Khelifa, coordinateur du documentaire, nous ne savions pas si à Bequia les gens accepteraient de nous parler de la chasse. Il y avait une méfiance car ils savent la mauvaise image qu'ils renvoient à l'extérieur. Mais je crois que finalement notre démarche - comprendre sans juger - a été assimilée. « Pour Maud, la chose n’est pas simple : « jamais, reconnaît-elle, je n’aurais imaginé accepter de parler avec l’un d’eux. Mais il m’a beaucoup appris sur l’organisation de cette chasse au niveau international et sur la manière dont certains pays cèdent leur droit à la chasse aux baleines aux Japonais. »

Tortues et cétacés

Et sur d’autres îles, comme en Guadeloupe, c’est au contraire la rencontre d’une femme qui voue sa vie à la protection des cétacés qui va marquer l’équipe. On y fait la connaissance de Lesley Sutty, qui confie, pour la première fois, que sa meilleure amie a été assassinée pour la défense de cette cause. Ailleurs, c’est un homme qui consacre sa vie à la sauvegarde des tortues marines. Autant de rencontres, de sensibilités, qui forment toute la complexité de la réalité de la vie océane.
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Quinze personnes autour d’une solitaire

Le pari n’était pas gagné d’avance : une équipe de tournage à la fois terrestre et sous-marine, c’est plus ou moins quinze personnes en mouvement perpétuel, et bien peu d’intimité, même si le gros de la troupe suivait la goëlette Tahia à bord d’un catamaran. Maud Fontenoy est une solitaire, son palmarès de navigatrice l’atteste : en 2003, elle traverse l’Atlantique Nord à la rame, en solitaire et sans assistance. Une première féminine qu’elle boucle en 117 jours. En 2005, elle s’attaque de la même manière au Pacifique, entre le Pérou et les Marquises. En 2007, elle boucle, en solitaire toujours, un tour du monde à contre-courant qui durera 150 jours. Mais ce défi là a été relevé. Elle les a supportés…
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Les propos de Maud Fontenoy ont été recueillis par Diane Ermel et transmis par France Télévisions.
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