Small ten ou l'invitation à chercher la petite bête

par Scuba People | le Samedi 5 Février 2011 | Lu 4435 fois

  

Vous, lecteurs des chasses d’Hemingway au Kilimandjaro, spectateurs de carnages animaliers à balles réelles sur « Chasse au Gros » Channel, connaissiez bien sur le principe du « big five » qui s’applique à massacrer à distance sécurisante les 5 plus majestueux mammifères africains à savoir éléphant, rhino, buffle, léopard et lion, de façon à prouver au monde ce qu’il advient à quiconque, -homme ou animal-, se moquerait de la longueur ridicule de votre appendice.


A peine lus les derniers spams vous proposant l’augmentation drastique de votre taille intime, vous vous précipitez donc sur ce «small ten», titre de bon aloi jeté en pâture aux âmes de collectionneurs pervers. O rage, O déception… point de gladiateurs aux muscles huilés déchiquetant des chairs animales, même de petits animaux (Vous aviez quand même compris qu’ils étaient petits, c’était dans le titre et on vous la fait pas), pas de plongeur DIR en combi noire qui sa machette au mollet étripe de petits requins aussi sournois que dentus par 100 m de fond…. Rien de tout ça, que des couleurs, des surprises, du drôle et de l’étrange, des bestioles bisounours ou têtes-à-claques, le small bioutifoul quoi. Cet article est garanti testostérone free : fifilles, buveurs de thé et hypocondriaques, vous pouvez revenir.


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A l’envers de la religion du gros, je propose de militer pour le délaissé, l’infime, le micruscupiculien (cherchez pas ce mot, je viens de l’inventer), qui passé sous la loupe ou l’objectif agrandisseur, étonne ou émerveille encore plus que la silhouette furtive du requin entr’aperçu dans le bleu (ou était-ce un tortue ?).
Je lis dans vos pensées vos réflexions : « Oh non, pas l’emmerdeur qui nous pourrit nos plongées avec des nudibranches qui se ressemblent tous » …Nan, nan promis, je vous jure, je ne vous ferai pas la liste des limaces verdâtres, la preuve que le petit n’est pas synonyme de chiant : ces dix dernières années, un grand nombre de spots de plongées renommés ont eu la particularité de se concentrer sur la macro, le bizarre ou le microscopique (En Asie particulièrement: Lembeh, Moalboal ou Mabul… et même en France : Thau).

Le « Small Ten » vous propose un « qui-que-quoi-dont-ou ? » de la macro sous la forme d’un hit parade d’une subjectivité totalement assumée des 10 étonnantes bestioles sous-marines à taille réduite qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. Commencez donc l’aventure de l’intérieur du corail avec ces choix, qu’on aurait aussi pu appeler le « freak show», la parade des étrangetés…

La famille antennaridae

On commence par le Numéro 10 : je demande la famille antennaridae.
Pas nécessairement le moins commun ni le plus beau, mais l’un des plus attachants dans notre galerie des gueules cassées. J’ai nommé le poisson crapaud, qui marche plutôt que nage et ressemble en cela à votre grand tante Berthe, qui fait 120 kg et dont la moustache pique quand elle vous fait la bise. Son leurre qu’il agite au dessus de sa tête lui permet d’attirer les petits curieux et de les gober dans son énorme gueule.
Découvrir un poisson crapaud est toujours un ravissement et une récompense, il apparaît soudain devant vous comme une révélation alors que vous pensiez avoir déjà bien regardé cette éponge, le poisson crapaud est un œuf de Pâques à lui tout seul.
Il y a de nombreuses espèces de couleurs et textures diverses, grisâtres et boutonneux, noirs velours –le cauchemar des photographes, un puits à lumière-  certains très colorés, jaune ou rouge vif voire bariolés comme le fameux crapaud pyjama d’Ambon. La chance du poisson crapaud c’est qu’il est répandu dans beaucoup de destinations y compris dans les Caraïbes.

Distribution : On citera parmi ses localisations favorites Bonaire, Mozambique, la Réunion, Bali, Nord Sulawesi, Komodo, Moalboal, Mabul, Ambon, Fidji, etc. bref un peu partout mais incontournable, c’est pour cela qu’il est numéro 10.
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La danseuse espagnole

Et le Numéro 9, c’est… haha, oui Simone, c’est la danseuse espagnole, Hexabranchus sanguineus.
J’avais promis « pas de nudi ».. allez, juste un quand même, alors on va faire gros : dans les 20cm –et jusqu’à 40cm à Moalboal- déployant ses volants couleur sanguine lorsqu’on le fait nager. Son nom provient de sa ressemblance avec la robe des danseuses de flamenco : il se rencontre souvent la nuit –pareil qu’à Grenade ou Séville- et il est assez largement répandu géographiquement.

Les meilleures opportunités la nuit, ce sera Safaga en Mer Rouge, Philippines, Bali, Mabul, Grande Barrière de Corail, PNG, Nouvelle Calédonie.
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La murène ruban

Numéro 8 : j’ai nommé pour vous mesdames la murène ruban, Rhinomuraena quaesita.
A peine assez petite pour figurer dans la catégorie macro, la murène ruban est un trophée photographique délicat, elle se caractérise par sa robe éclatante, bleue pour les mâles, jaune pour les femelles et noire pour les juvéniles indécis. Elle est relativement timide à l’approche du plongeur mais en patientant au dessus de son trou elle sortira la tête.

Sa distribution : Elle est assez répandue dans l’Indien et l’indo pacifique. Réunion, Afrique de l’Est, Thailande, Bali, Nord Sulawesi, Philippines, Bornéo…
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La porcelaine de gorgones

Numéro 7 : C’est la porcelaine de gorgones de type volva, Guy !
Il fallait bien un coquillage dans ce hit parade du petit, c’est le plus recherché des photographes en raison de son manteau bariolé et de son habitat coloré, il est également bien répandu : certaines espèces se rencontrent en Méditerranée. Appelée souvent à tort porcelaine, c’est  la plupart du temps une volve. Difficile à localiser, il faudra les yeux d’un guide expérimenté ou une connaissance fine de son biotope pour la découvrir posée sur une gorgone ou à l’intérieur d’un alcyonnaire. Ensuite pour la photographier, c’est beaucoup plus simple car c’est certainement le moins vivace de tous les nominés au Small Ten.

Distribution : Méditerranée, Philippines, Bali, Nord Sulawesi, Fidji, Pacifique. A noter qu’on rencontrera souvent dans les Caraïbes la « langue de flamant »  qui est une vraie porcelaine, posée sur les gorgones violettes.
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La galathée rose

Un Numéro 6 pileux mais néanmoins délicat, la galathée rose, Lauriana siagiani.
Si l’on aborde les crustacés, ils sont légion à pouvoir entrer dans le Small Ten : mon choix arbitraire s’est porté sur ce petit crabe Lauriana siagiani vivant sous les énormes éponges barriques violettes. Rien que pour la couleur de son isotope c’est un favori des photographes mais qu’il faut shooter rapidement car il a tendance à vite retourner à l’abri. Découvert par le célèbre guide balinais Wally Siagian dans les années 90, c’est pourtant une rencontre qu’on ne peut qualifier de rare, cela prouve que l’on ne s’est intéressé que très récemment aux merveilles du petit.

Distribution : c’est surtout une spécialité d’Asie du Sud Est, Bali, Mabul ou Bangka sont de bons repères à Siagiani.
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Le crabe d’alcyonnaire

Numéro 5 en pensant aux gourmands avec crabe d’alcyonaire – ou « candy crab» en anglais, un vrai bonbon visuel.
La première difficulté sera de le localiser, il vit exclusivement sur les alcyonaires et possède des qualités de camouflage étonnantes. Le plongeur en chasse de cet amour de bestiole doivent littéralement décortiquer les bourgeons d’alcyonnaires pour le découvrir caché à l’intérieur. On sélectionnera les branches d’alcyonaires soumises au courant et filtrant un riche plancton amené par le flux pour avoir une chance d’en trouver.
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La seiche flamboyante

Le flamboyant numéro 4 est la seiche du même nom… Metasepia pfefferi.
La seiche flamboyante est un feu d’artifice d’une dizaine de centimètres. On l’identifie très facilement quand on la voit, elle va se colorer de tons marrons, fuchsia, jaunes, qui vont perpétuellement se modifier, comme par ondes mais qui sont aussi un avertissement de sa toxicité. Mon appareil photo en fût si ému la première fois qu’il en brisât immédiatement son miroir interne...
Certainement le plus beau de tous les céphalopodes et l’un des moins farouches également, il se rencontre sur des fonds sableux ou vaseux où l’on peut souvent le voir en chasse. Un trophée de choix dans le small ten.

Distribution : principalement en Asie du Sud Est sur des fonds de pure muck comme Lembeh, Ambon, Mabul ou Dauin
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Le poisson fantôme arlequin

Tremblez mortels devant le Numéro 3 : le poisson fantôme arlequin, Solenostomus paradoxus.
Le petit dragon des mers est une fantaisie marine, ce poisson de la famille des syngnathidés qui englobe aussi les hippocampes. Malgré sa flamboyance, la variété star « arlequin » est relativement bien camouflée auprès de biotopes qui lui ressemblent : crinoïdes, gorgones fouet,… sa couleur varie du jaune au noir en passant par toutes les teintes oranges et rouges. En raison de sa posture verticale tête en bas et de ses caudales qui ressemblent à un chargeur, il est appelé dans certain pays d’Asie le AK47 sous marin, on le signale sous l’eau avec un signe qui rappelle le pistolet. C’est probablement l’une des proies les plus recherchées par les photographes en raison de ses couleurs et de sa morphologie, d’autant qu’il est assez répandu dans l’Indien.
Comme les poissons crapauds, il existe plusieurs familles de poissons fantômes : l’arlequin est le plus coloré, le robuste ressemble à une algue brune, l’Halimeda ressemble à une algue verte, le velours dispose d’une robe soyeuse.

Distribution : principalement dans l’Ocean Indien, depuis le Mozambique jusqu’aux Philippines. En particulier la mer d’Andaman en Thailande mais aussi Nord Sulawesi, Moalboal ou Mabul sont de bons endroits pour dénicher le poisson fantôme.
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Le poisson mandarin

Numéro 2 classé X : le poisson mandarin, Synchiropus splendidus.
Au hit parade de la coloration, le poisson mandarin est bien numéro 1 avec ses couleurs chatoyantes vert, orange, bleu, c’est une hallucination marine, les australiens l’appellent aussi poisson LSD.
C’est aussi un sacré coquin : tous les soirs Mr et Mme Mandarin s’accouplent au coucher du soleil, ce qui donne aux plongeurs l’occasion de se mettre à l’eau au lieu de se taper l’apéro.
On est toujours surpris par la petite taille et la furtivité du mandarin, en général planqué derrière les épines d’un oursin diadème ou dans les méandres de tunnels.
On l’aperçoit sur des fonds très peu profonds, moins de 10m et sur du corail cassé, il est très sédentaire, ce qui permet de localiser facilement les sites qu’il fréquente..

Distribution : En indo-pacifique, Bali, Bangka, Mabul, Ambon, Bandaneira, Philippines, …   
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l’hippocampe pygmée

And ze niouméro one is, el nouméro ouno es : l’hippocampe pygmée parce que c’est le plus petit de tous et donc il vaut bien sa première place.
Tellement petit qu’il a longtemps été ignoré, il aura fallu qu’un certain Bargibant de Nouvelle-Calédonie recueille une gorgone et la mette dans un aquarium pour s’apercevoir qu’un petit bout de 15mm bougeait…à la loupe l’hippocampe bargibanti révélait son existence au monde terrestre.

Plusieurs variétés d’hippocampes pygmées ont ensuite été découvertes, au rythme de un par an ces 5 ou 6 dernières années. Je vous jouer que le première fois que le guide vous en montre un, il vous faut 30 secondes pour focaliser et -comme sur les images que la maitresse vous distribuait en CP- trouver l’animal parfaitement camouflé dans l’entrelacement de la gorgone.
Il est souvent trouvé sur des gorgones relativement profondes entre 25m et 40m.  

Indéniablement l’Asie du Sud Est est la meilleure zone pour les trouver : à Raja Ampat, c’set une vision si commune qu’elle est lassante, on peut également en voir régulièrement en Nord Sulawesi (Bunaken, Bangka), dans les Moluques (Ambon), aux Philippines (Moalboal) ou en Malaisie Bornéo (Mabul)
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Une liste bien évidemment incomplète

Comme tout bonne liste de 10, le meilleur est le onzième : pas classé car inclassable et pas forcément si petit non plus : Mimic octopus, Thaumoctopus mimicus.
Le mimic octopus est juste un truc de fou, une pieuvre existentielle qui se prend à tour de rôle pour une rascasse papillon, une sole ou un serpent laticauda, va imiter leur comportement en fonction des dangers que la bestiole pressent ou des attaques qu’elle souhaite porter. Les scientifiques ne comprennent pas encore toutes les stratégies et les déguisements de cette créature supra intelligente …

Bref, intellectuellement la mimic octopus plane au dessus des demeurés à front bas qui peuplent les fonds des mers (je ne parlais pas des plongeurs… ou de certains alors…), elle est au poisson de base ce que les échecs sont au jeu de loto. C’est l’un des animaux découverts récemment, en 1998, avec le développement de la plongée muck à Lembeh.

Distribution : Indonésie principalement sur des sites de pure muck à Lembeh, Bali, Ambon, Alor mais aussi aux Philippines, Anilao ou en Papouasie Nlle Guinée. Certains disent en avoir vu en Mer Rouge (Taba).

J’aurais bien évidemment pu citer une multitude d’autres candidats à ce small ten : la crevette arlequin, le poulpe aux anneaux bleus, le crabe archer, la crevette tigre, le nudibranche Pikachu, le scorpion Rhinopias ou dix autres encore. J’espère simplement vous avoir donné l’envie de vous intéresser aux petites bestioles sous-marines qui si l’on s’y arrête un peu, sont aussi attractifs vus avec une bonne loupe que les murs de requins dans la passe de Rangiroa.

En tout cas d’une façon personnelle, c’est bien la variété de ces petite bestioles qui me fait courir les iles inaccessibles avec 10 kilos de matériel photographique sur les bras. On parie que vous allez vous y mettre aussi à la chasse au petit?

Ludovic Galko
Ludovic Galko

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