Scandola avec Jean-Marie Dominici

par Isabelle Croizeau | le Vendredi 23 Septembre 2011 | Lu 3532 fois

  

Doyenne des réserves corses, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, Scandola est devenue en 35 ans un modèle de préservation de la biodiversité terrestre et sous-marine, et pour les scientifiques un merveilleux laboratoire à ciel ouvert. Entre falaises et eaux turquoise, tout ce que la Méditerranée peut nous donner à admirer est là.


Des failles, des falaises, de la roche…

Les paysages de Scandola sont uniques. Les roches volcaniques ciselées par l’eau et le vent se transforment en falaises abruptes, en arches, en grottes, en criques. Leur couleur et la lumière de Corse font le reste. A moins d’un mile des côtes, les fonds marins chutent à plus de 2000 mètres. A trois kilomètres à peine à l’intérieur des terres, à l’inverse, on atteint déjà 1000 mètres d’altitude : le paysage est dans la démesure.


La doyenne des réserves corses

Au coeur de la façade maritime du Parc Naturel Régional de Corse, s'étendant sur 80 kilomètres, de la presqu'île de Capo Rosso (commune de Piana) jusqu'à la limite nord de la commune de Galéria, la réserve de Scandola a été créée en 1975 : elle compte 900 hectares terrestres et 1000 hectares marins, et fut, peu après Port-Cros, l’un des premiers espaces protégés à la fois terrestres et sous-marins.
Scandola avec Jean-Marie Dominici

Un labo à ciel ouvert

Depuis 1982, Scandola appartient au Réseau des aires marines et côtières spécialement protégées de la Méditerranée. Sa gestion exemplaire lui a valu le diplôme de la catégorie A des Réserves naturelles européennes décerné en 1985 par le Conseil de l'Europe, diplôme renouvelé en 1990 et en 1995. Et comme le rappelle Jean-Marie Dominici, le conservateur de la réserve, le monde scientifique, à travers ses meilleurs experts, se donne régulièrement rendez-vous dans les eaux de Scandola : chaque année, une dizaine de missions sont organisées, au chevet des mérous comme cet été, ou des algues, dont on recense plus de 450 espèces, ou encore de l’herbier de posidonie ou du corail rouge.


Poissons stars et biodiversité

Les poissons stars de Méditerranée, comme le mérou ou le corb, s’épanouissent à Scandola comme nulle part ailleurs. Mais si leur taille et leur âge sont emblématiques de la réussite de la protection du milieu, la biodiversité l’est aussi, et la multitude des espèces qui peuplent les eaux de la réserve est tout aussi importante. Poissons, invertébrés, algues, les centaines d’espèces présentes, 35 ans après la création de la réserve, donnent un aperçu quasi-exhaustif des richesses méditerranéennes, ou tout au moins de la région nord-occidentale de Méditerranée.
Scandola avec Jean-Marie Dominici

Au royaume du coralligène

Sous l’eau, les roches reproduisent les formes qu’elles ont en surface, dans la continuité des paysages : des failles, des surplombs, des draperies, des grottes, autant de supports tortueux sur lesquels le coralligène s’épanouit, profitant aussi de la douceur des températures : partout, à partir d’une trentaine de mètres, les gorgones rouges, les gorgones jaunes se balancent mollement, le corail rouge étend ses branches flamboyantes.

La faune terrestre

A terre, la faune n’est pas en reste : dans le maquis, renards, belettes, rats noirs et rats surmulots occupent le sol, et le partagent avec quelques couloeuvres, tandis que les anfractuosités rocheuses profitent aux chauve-souris. Dans la baie d’Elbo, l’espèce la plus grande d’Europe a été repérée. Et les oiseaux, qu’il s’agisse d’espèces terrestres ou marines, sont légion : cormorans huppés, balbuzards pêcheurs, martinets pâles, goélands argentés, merles, noirs et bleus, grives mauvis et musiciennes, ou encore fauvettes à tête noire, grisettes, pitchous, mésanges noires, bleues, charbonnières, troglodytes mignons, rouges-gorges, roitelets, en tout plus de 50 espèces vivent à Scandola.
Balbuzard pêcheur - Pandion haliaetus
Balbuzard pêcheur - Pandion haliaetus

Dernier refuge des phoques moines en Corse

La région de Scandola a également été le refuge des derniers phoques moines de Corse : jusque dans les années 60, les timides pinnipèdes s’ébattaient encore dans les criques et les grottes les plus isolées, à l’abri de toute activité humaine. Et s’ils ont déserté la zone, préférant aujourd’hui quelques îles grecques, ou les falaises de Mauritanie, on les imagine encore en découvrant le long de la côte les grottes et les plagettes où ils se reproduisaient.

On l'aura compris, la réserve est une illustration parfaite de ce que devient un site lorsqu'il est préservé des atteintes du monde extérieur : une bulle d'harmonie, 2000 hectares au paradis.

Nous tenons à remercier Jean-Marie Dominici d'avoir pris le temps de nous expliquer la Réserve de Scandola.

 
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