Redécouvrir l'aventure du Commandant Cousteau


  

Franck Machu, ingénieur offshore, vient de recevoir la Mention Spéciale du Prix Corail, au Festival Mondial de l’Image sous-Marine, pour son livre « Cousteau : 20000 rêves sous les mers ». Passionné de l’aventure Cousteau, il nous entraîne à la redécouverte de l’homme, de ses innovations, de ses prises de conscience.


Comment est née l'idée de ce livre ?

Une passion dévorante pour les films Cousteau, que j’ai voulu rendre « utile ». Je ne pouvais pas me contenter de collectionner les films seul dans mon coin, sans rien en faire. Je trouvais ça un peu stérile. Et parmi les quelques biographies de Cousteau, aucune ne s’intéressait vraiment à son œuvre cinématographique. Et aucune des biographies n’avait été écrite par un plongeur. Elle comprenait de nombreuses erreurs sur un plan technique et sur le plan de la plongée elle-même. La rencontre avec André Laban, l’un des collaborateurs clés de Cousteau dans les années pionnières, qui m’a ouvert ses archives et ses souvenirs, a fait le reste.
Franck Machu & André Laban
Franck Machu & André Laban

Cousteau a tourné 138 films :
comment sa perception du monde sous-marin a-t-elle évolué en 50 ans ?

Chacun de ses films raconte une histoire, une merveilleuse aventure, fondée sur la poésie, le romantisme, la pédagogie, le rêve. Mais lorsqu’on prend la filmographie dans son ensemble, celle-ci raconte deux grandes histoires.
La première c’est l’histoire de l’exploration des océans par l’homme. Le premier film, « Par 18 mètres de fond », a été tourné en apnée, en 1942, avant l’invention du scaphandre autonome. En 1943, est tourné « Epaves », le premier film où apparaissent des plongeurs équipés de scaphandres autonomes modernes. Puis Cousteau tourne les premières images de spéléologie à la Fontaine de Vaucluse, les premières images d’archéologie sous-marine, sur l’épave antique du grand Congloué. Apparaissent les images couleurs, les scooters sous-marins, la soucoupe plongeante, les premières opérations de plongée aux mélanges à saturation, dans les maisons sous la mer. On découvre tout un bestiaire animalier, les premières images de poulpes, de requins, de cachalots, de baleines, etc… Toute l’histoire de la découverte du milieu marin se déroule sous nos yeux.

Vous parlez d'une deuxième histoire...

La seconde grande histoire est celle de la naissance de l’écologie. « Par 18 mètres de fond » est un film sur la chasse sous-marine. La Méditerranée est encore quasi vierge, les grands poissons y abondent. Cousteau ne s’attardera pas longtemps sur les exploits de chasseurs mais il faudra encore 20 ans avant que la conscience de la fragilité du milieu marin ne s’impose dans ses films. Ainsi pour « le Monde du silence » Cousteau n’hésite pas à sacrifier des animaux marins pour faire des images chocs. C’est après 1967, avec la série de l’ « Odyssée sous-marine », que Cousteau prend peu à peu conscience que le milieu qu’il découvre est en train de s’abimer. Il délaisse peu à peu son ambition de conquérant des mers pour devenir son protecteur. Au cours des 20 dernières années de sa vie, il étend cette prise de conscience. Il passe de la mer à l’homme, étend ses préoccupations à la planète entière, devient un humaniste convaincu, milite pour les droits des générations futures. C’est véritablement une histoire passionnante qui se raconte au fil des films.

On a beaucoup parlé des innovations techniques nécessaires au tournage du film Océans. Cousteau lui aussi a dû faire appel à ses talents d'ingénieur...

Cousteau a d’abord donné à la plongée sous-marine sa forme définitive. En co-inventant le scaphandre autonome moderne avec Emile Gagnan. La création d’un organisme militaire, le GRS, puis civil, l’OFRS, pour l’étude et la mise au point de nombreux équipements a permis d’ouvrir la voie à de nombreuses disciplines de l’exploration sous-marine telles que la spéléologie ou l’archéologie sous-marine. Il a développé des caméras de télévisions pour les premières émissions TV en direct, des caméras de cinéma légères et versatiles, privilégiant la mobilité de l’opérateur, avec des objectifs grand angle, qui donnent aux images une dimension supplémentaire. Il a développé le premier sous-marin d’exploration, la fameuse soucoupe plongeante SP 350, puis les maisons sous la mer, etc…

100 ans après sa naissance, que représente aujourd'hui selon vous le Commandant ?

Son nom cristallise un univers. Il incarne la plongée sous-marine, le rêve et l’aventure. Mais il est aussi le symbole de l’écologie moderne. Il a été le premier à peser à haut niveau, à damer le pion aux décideurs politiques en étant capable de mobiliser l’opinion publique. Il est toujours demeuré un homme libre. Ce que j’admire le plus personnellement chez lui, que je résumerai en une phrase, empruntée à Philippe Tailliez : « il sut mener, sa vie durant, les chevaux du rêve et de l’action ».

Si vous deviez résumer le message de votre livre en une phrase, ce serait ?

Il tente le pari de réconcilier la précision scrupuleuse et la passion exacerbée, espérant toucher à la fois le féru d’histoire, le cinéphile curieux, et le rêveur impénitent.

Vous avez un autre ouvrage à paraître : "Un cinéaste nommé Cousteau", en quoi sera-t-il différent ?

« Cousteau, 20 000 rêves sous les mers » est la version « grand public » du livre que j’ai écrit. « Un cinéaste nommé Cousteau » est la version intégrale, augmentée de 45 % par rapport à celle-ci. Elle va plus dans le détail de la technique, elle donne la parole aux opérateurs, plongeurs, réalisateurs, acteurs clés de la réalisation des films, qui nous racontent les coulisses des tournages, et enrichissent le livre de leur témoignages. Elle contient de courtes biographies des personnages clés de la filmographie, et se livre à une tentative « d’essai » sur la portée de l’œuvre Cousteau. Elle paraîtra fin mars 2010, également aux éditions du Rocher.

L'auteur : Franck Machu

Franck Machu (ici avec Dominique Sérafini, à gauche)
Franck Machu (ici avec Dominique Sérafini, à gauche)
Franck Machu est né dans le Nord en mai 1968. Il intègre l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Marseille (ESIM), devenue Centrale Marseille, avec la spécialité Génie Marin, et réalise son stage de fin d’études à COMEX Services en 1992. Il part ensuite à Mayotte pour 16 mois, dans le cadre d’un service national civil, et explore de fond en comble l’ île et son lagon, fréquenté quotidiennement par les tortues.
Depuis 1995, Franck Machu est ingénieur de conception dans l’industrie offshore, pour des équipements de plateforme pétrolière ou de plateformes poseuses d’éoliennes.
Amoureux de la plongée et de l’image sous-marine, son activité d’écriture est un hobby.

Rendez-vous au Salon de la Plongée

Franck Machu sera présent au Salon de la Plongée en janvier 2011 sur le Stand de l’Equipe Cousteau et sur le stand de HDS (Histoire du Développement Subaquatique), pour présenter son livre et projeter l’un des premiers courts métrages Cousteau des années 40. Rendez-vous est donné à tous les passionnés de l’aventure Cousteau.


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