Plonger avec les orques : Cap sur la Norvège !!!

par Isabelle Croizeau | le Vendredi 11 Novembre 2011 | Lu 8361 fois

  

Chaque année, au large de la Norvège, des troupes d’orques en chasse suivent les bancs de harengs. Et depuis près de 15 ans, Pierre Robert de Latour rejoint pour quelques semaines les rivages de Scandinavie et les équipes d’Olav Magne Strømsholm : nous lui avons demandé de partager sa passion dans nos pages avant, peut-être, de vous emmener avec lui cet hiver.


Des plages du Cap Corse aux eaux des fjords

Rien ou presque ne prédisposait Pierre à se passionner pour les orques : après avoir découvert l’apnée puis la chasse sous-marine sur les plages du Cap Corse, encore petit garçon, il s’oriente ensuite peu à peu vers la compétition et sera pendant trois ans capitaine de l’équipe de France de chasse sous-marine. Jusqu’à ce qu’un déclic donne un nouveau tour à sa vie : à la fin des années 90, il tombe par hasard sur un reportage consacré aux orques du Tysfjord, en Norvège. Et le monde étant parfois bien petit, il m’apprend lorsque je le contacte que c’est moi qui l’avait écrit. La même année, il fait une dernière compétition de chasse, la remporte, et finance son premier voyage avec sa prime de vainqueur. Depuis, il retourne inlassablement vers le Nord.
Plonger avec les orques : Cap sur la Norvège !!!

Une première expé en forme de festival

Lorsqu'il rejoint pour la première fois le bateau d’Olav Magne Strømsholm, qui organise les expéditions à la rencontre des orques, il a droit à un festival : tous les jours, les rencontres se multiplient, des troupes entières de dauphins bicolores qui viennent chasser dans le Tysfjord, fondent sur les harengs innombrables qu’ils assomment parfois à coups de queue surpuissante avant de les engloutir en surface, se regroupent encore, obligent les poissons à former des boules compactes dans lesquelles ils s’engouffrent. Des mâles, des femelles, des jeunes à la peau encore presque rosée. Au-dessus d’eux, les aigles pêcheurs tournoient majestueusement et participent au festin. Sur fond de sommets enneigés qui sombrent dans les eaux noires du fjord, baignés d’une lumière chaude comme seules ces hautes latitudes savent en offrir, la magie de la Norvège opère.

Orques sans frontières

Pierre revient l’année suivante, puis l’année d’après. Olav lui propose alors de devenir guide animalier et d’assurer en surface la sécurité des plongeurs pendant toutes les semaines où des expéditions sont organisées. Dans le même temps, Pierre décide de monter une association, Orques sans frontières, dans un double but : servir de plateforme francophone pour ses compatriotes qui souhaitent participer aux expéditions, et promouvoir dans le même temps les connaissances sur ceux que l’on appelait encore récemment les « baleines tueuses ».


En vêtement humide

Et dans les températures glacées de la Norvège, l'apnéiste fait figure d’extra-terrestre. De son passé de chasseur, il a conservé l’habitude de plonger en combinaison humide. Il avoue même aujourd’hui sa préférence pour un vêtement en 5,5 mm, renonce parfois à ses gants, pour se sentir plus à l’aise, plus en harmonie avec la nature norvégienne et les orques. Ce n’est pas donné à tout le monde, et on plonge en principe en combi sèche, doublée de vêtements épais. Malgré tout, pour ceux qui ne sont pas habitués, le froid est mordant, les conditions parfois difficiles. Et lorsque l’on quitte le confort douillet des chalutiers reconvertis pour passer deux heures sur les barges en alu et se rapprocher des animaux, l’expérience peut être rude. Mais la récompense est à la hauteur de l’effort !
Plonger avec les orques : Cap sur la Norvège !!!

Magique !

Se laisser glisser dans l’eau noire, lentement, alors que les ailerons sont tout près. Sans précipitation, habituer ses yeux à la faible lumière polaire qui perce la surface. Apercevoir déjà un gros museau rond qui s’avance, une tête qui se penche et observe, se rapproche sans crainte, disparaît mais revient. Rien, à ce moment-là, n’a plus d’importance. Oublié le froid, oubliées les légendes tant entendues qui font des orques des prédateurs sanguinaires. On se sent suspendu quelque part dans un autre monde, on étouffe d’émotion, on se sent tellement privilégié que l’on voudrait ne plus bouger, jamais. Plonger avec les orques est dans une vie d’amoureux du monde marin un moment d’exception. Qui vaut bien quelques sacrifices.
Plonger avec les orques : Cap sur la Norvège !!!

Du Tysfjord au large

Depuis qu’Olav Magne Strømsholm organise des expéditions à la rencontre des orques, la donne a changé. Il y a encore quelques années, les groupes suivaient inlassablement la migration des harengs qui venaient profiter des eaux sombres et glacées du Tysfjord, à quelque 300 kilomètres au nord du cercle polaire. Les poissons y trouvaient toutes les conditions nécessaires à la maturation de leurs organes sexuels, et s’engouffraient par milliers dans les bras de mer : le stock est estimé à 14 millions de tonnes, 3 harengs au kilo, ça fait pas loin de 50 milliards d’individus ! c’est le plus gros stock de poisson au monde ! Il y a quinze ans, lorsque j’ai eu la chance d’embarquer avec Olav, il ne fallait au maximum que quelques heures pour localiser au moins une troupe d’orques, parfois des groupes d’une vingtaine d’individus. Sur les eaux calmes du fjord, ils nous observaient, se dressant à la verticale en sortant la tête et une partie du corps de l’eau dans la « spy » position, la posture de l’espion !
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Les suivre le long de la côte

Les eaux du fjord, qui ne dépassaient pas alors les 3 ou 4 degrés, se sont peu à peu réchauffées, pour atteindre parfois presque 8 degrés. Les harengs, ne trouvant plus les conditions propices à leur reproduction, ont peu à peu déserté le grand fjord pour reprendre la route du large. Et si autrefois quelques orques isolés faisaient des excursions en haute mer pendant que le reste du troupeau profitait de la quiétude du fjord, c’est maintenant l’inverse qui se produit : les orques restent en mer, et envoient parfois un éclaireur à l’intérieur des terres pour voir si les harengs n’auraient pas changé de route. Du coup, Olav a modifié les itinéraires des expéditions, et décidé de suivre les harengs le long de la côte norvégienne. Et forcément, loin des abris des fjords profonds, les conditions de mer sont parfois éprouvantes.
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Savoir à quoi s’attendre

Pierre le reconnaît, les orques ne sont pas tous les jours au rendez-vous, et patience et endurance sont de mise pour participer à cette aventure. Il faut savoir attendre, scruter l’horizon pendant des heures, accepter de longues journées qui peuvent finir sans une rencontre. Les expéditions orques ont lieu en hiver, période où le soleil monte bien timidement au dessus de l’horizon, et où il faut composer avec la neige et le vent. Mais c’est le prix de l’exceptionnel : des rencontres inoubliables dans une vie de plongeur.


Infos pratiques

Les dates: de la mi janvier à la mi février (à ce jour, seules les semaines 4 et 5 sont programmées mais cela peut varier en fonction de la demande !)

Les bateaux: le MS SULA est un cargo mixte réarmé pour la circonstance! capacité d'accueil 12 passagers ( + 8 membres d'équipage). Ce n'est pas un bateau luxueux mais sa tenue en mer est remarquable ! très apprécié sous ces latitudes ! La barge en aluminium, appelée le hårek (prononcer horek), embarque sans problème les 12 passagers plus le pilote et le plongeur de sécurité pour approcher au plus près les orques et s'immerger à proximité.

Ordre de prix: environ 3200€ par semaine par passager (prestation au strømsholmen et cotisation de membre bienfaiteur pour osf), variable car dépend du cours de la couronne norvégienne. A rajouter, le billet d'avion : environ 400€ depuis Paris.

http://www.orquessansfrontieres.com/
Plonger avec les orques : Cap sur la Norvège !!!

Morphologie

Les orques sont des odontocètes, ou baleines à dents. Les orques ont une apparence caractéristique avec un dos noir, un ventre blanc et une tache blanche derrière et au-dessus de l’œil. Le corps est puissant et surmonté d’un grand aileron dorsal avec une tache gris foncé en forme de selle juste derrière. Les mâles mesurent entre 7 et 9 m de long (le spécimen le plus grand jamais vu mesurait 9,74 m) et pèsent entre 5 et 8,5 tonnes (le plus lourd spécimen pesait 11 tonnes) ; les femelles sont plus petites, mesurant entre 6 et 7 mètres pour une masse située entre 3 et 4 tonnes (le maximum connu pour une femelle est de 7,5 tonnes). À la naissance, le nouveau-né pèse environ 150 à 220 kg et mesure entre 2 et 2,70 m de long. À la différence de la plupart des dauphins, la nageoire caudale d’une orque est large et arrondie (elle peut mesurer plus de 2,40 m d’envergure). Pouvant mesurer plus de 2 mètres, l’aileron dorsal du mâle est plus grand que celui de la femelle (environ 90 cm). Il a une forme de triangle isocèle allongé tandis que l’aileron dorsal de la femelle est plus court et a la forme d’une faux. Néanmoins cet aileron s'affaisse chez la plupart des orques en captivité.
Cependant, les scientifiques ont constaté qu’il existait des orques de forme naine en Antarctique. Certains spécialistes veulent les considérer comme une espèce à part en les nommant Orca glacialis ou Orca nanus. Mais d’autres refusent de la considérer comme une espèce différente d’Orcinus orca.
L'orque pourrait être à l'origine de l'extinction du Mégalodon, notamment à cause de la concurrence alimentaire provoquée par sa capacité à chasser en groupe.

Plonger avec les orques : Cap sur la Norvège !!!

L’orque en chiffres

C'est un animal très difficile à observer dans son milieu naturel. Les données sur sa longévité et sa maturité sexuelles sont des estimations en ce qui concerne les orques non captives.
  • vitesse maximale : 55 km/h (les scientifiques estiment que certaines peuvent atteindre la vitesse de 65 km/h) ;
  • espérance de vie maximale : 80 à 90 ans pour les femelles et 50 à 60 ans pour les mâles. Granny, alias J2, matriarche du pod J des orques résidentes sud de Colombie-Britannique, a fêté ses 100 ans en juin 2011. Lummi, une matriarche du pod K (Îles San Juan et Puget Sound ), est morte en août 2008 à l'âge présumé de 98 ans;
  • espérance de vie moyenne : 50,2 ans pour les femelles et 29,2 ans pour les mâles d'après OLESIUK et al. (1990);
  • maturité sexuelle : 6 à 10 ans pour les femelles, 12 à 16 ans pour les mâles;
  • poids à la naissance : 180 kg ;
  • taille à la naissance : 2 à 2,70 m ;
  • 60 dents :
    • longueur des dents (dépassant de la gencive) : 4 à 8 cm ;
    • diamètre des dents à la base de la gencive : 2,5 à 5 cm.

 
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