Plonger au rythme des limaces de mer...

par Anthony Leydet | le Samedi 13 Novembre 2010 | Lu 3787 fois

  

Quelles étranges petites bestioles ! A peine quelques centimètres. Parfois plus, mais bien souvent moins, on se demande comment des êtres aussi fragiles que les limaces de mer peuvent subsister dans un monde marin où l’hostilité est le maître-mot…


Lorsqu’on « débute » dans les limaces de mer, il faut avouer que rien n’est simple ! Mis à part les célèbres doris dalmatiennes… Euh… un instant… dalmatien ou dalmatienne ?  
Et oui, on a souvent tendance à parler des doris au masculin, à tort : dans la mythologie grecque (c’est toujours là qu’il faut chercher !) Doris est une femme, une Océanide, fille d’Océan et de Thétys, mariée à Nérée et qui donnera naissance à cinquante filles, les Néréides ! C’est clair ?



Donc, pour en revenir aux doris dalmatiennes, c'est l'espèce qu'il est certainement le plus facile d'apercevoir… souvent sur un tombant au milieu des éponges, vous remarquerez sa robe blanche aux taches marrons dès vos premières plongées.

Pour le reste, c’est là que ça se corse ! Entre leurs tailles parfois minuscules, leurs couleurs et le nombre d'espèces, il y a de quoi se perdre... Mais il suffit de se prendre au jeu pour devenir "accro" de la limace !
Il est conseillé de se munir d'un phare, il vous aidera à découvrir de nombreuses espèces qui sont presque impossibles à voir sans éclairage... car malgré les couleurs éclatantes de certaines, comme dit le célèbre dicton : "Sous l'eau, toutes les limaces sont bleues" !

Radula docoglosse d'un archéogastéropode du genre patella vu sous loupe binoculaire
Radula docoglosse d'un archéogastéropode du genre patella vu sous loupe binoculaire

Où chercher ?

Pour réussir dans sa carrière de "chasseur" de limaces, il est important de comprendre où les trouver.
La réponse est : un peu partout sur les substrats généralement durs.

En fait, pour savoir où trouver une espèce particulière, il faut s'intéresser à son régime alimentaire.
Les mollusques gastéropodes, qui regroupent les escargots et les limaces, possèdent un organe fort utile pour se nourrir : la radula. C'est une sorte de langue munie de minuscules dents chitineuses qui fait office de râpe !

C'est ainsi que la majorité des nudibranches doridiens broutent des éponges. La doris dalmatienne se nourrit de l'éponge Petrosia, la doris céleste de l'éponge Cacospongia... 
Lorsqu'on veut s'intéresser plutôt aux flabellines et aux nudibranches aéolidiens, il convient de fouiller plutôt du côté des hydraires, dont elles mangent les polypes. En stockant les cellules urticantes dans leurs nombreuses papilles, elles deviennent alors également urticantes !

Mais il existe également des limaces herbivores (comme celles des salades !) : citons notamment les lièvres de mer qui font partie des plus gros spécimens, ainsi que la thuridille et les élysies. Il faudra alors fouiller dans les algues et les herbiers, dès les premiers mètres.
Par exemple l'Elysie timide (Elysia timida), est une des espèces qui se rencontre facilement dès la surface. Ses couleurs blanches et vertes lui permettent de se camoufler facilement aux milieu des algues dont elle se nourrit.

Elysia timida
Elysia timida

Reconnaître les grands groupes

Lorsque vous vous serez familiarisé avec ces animaux, vous apprendrez petit à petit à les nommer. Peltodoris atromaculata, Chromodoris luteorosea, Aplysia punctata, Cratena peregrina... Bref, pas vraiment facile à retenir, surtout que pour beaucoup d'espèces, vous trouverez différents noms scientifiques, ce qui est dû aux multiples descriptions au cours du temps, pas toujours très précises.
De toute manière, ce n'est pas ce qui est le plus important !

Rhinophores
Rhinophores

Si vous voulez vous intéresser aux différents groupes, voici quelques pistes.

En observant le spécimen que vous avez sous le masque (pourquoi ne pas emporter avec vous une loupe... ce pourrait être très utile !), que remarquez-vous ?
- forme globale : fine, allongée, ronde, ovale, épaisse...
- coquille ou pas coquille ? (et oui certaines limaces possèdent une coquille... et attention, ce n'est pas parce que vous ne la voyez pas qu'elle n'existe pas !)
- branchies apparentes ou pas ?
- forme des rhinophores: longs, courts, lisses, lamellés ?
- papilles ou pas papilles ?
- sur quel substrat se trouve t-elle ?
- elle a les yeux bleus ou vert ? (non là c'est une blague !)

En répondant à ses questions, vous pourrez déjà vous faire une petite idée...

Classons !

Lors des "3 minutes Bio Marine " du premier numéro de le Mag, je vous parlais d'une façon simple de classer les limaces de mer.

Plantons d'abord les bases: ce sont avant tout des Mollusques (Embranchement), de la Classe des Gastéropodes, Sous-Classe des Opistobranches.

A partir de là, on peut les diviser en 3 groupes:

- Les Tectibranches : elles sont surtout connues pour les "Lièvres de mer", ces grosses limaces que l'on rencontre sur les algues, et les fonds sableux. Elles possèdent toutes une coquille plus ou moins apparente. Bien souvent, elle est recouverte par des expansions du pied, les parapodies. Cette coquille , quasiment interne a pour rôle de protéger les branchies.

- Les Hétérobranches :  contrairement aux tectibranches, elles n'ont pas toujours une coquille, et sont plus petites. On retrouve dans ce groupe notamment les élysies, les thuridilles, berthelles,etc...

- Les Nudibranches :  bien sûr les plus connues ! Car les plus diversifiées et les plus colorées, elles offrent un attrait particuliers pour tout plongeur, et dans le monde entier ! Jamais de coquille, elles peuvent avoir des branchies circulaires autour de l'anus chez les doridiens. Chez les limaces type "flabelline " pour ne pas dire les aéolidiens, il n'y a pas de branchies, mais des papilles respiratoires.

Ponte de dalmatienne
Ponte de dalmatienne

Du sexe !

Une fois de plus, les doris dalmatiennes sont celles que vous verrez le plus souvent, car on les trouve toute l'année sur nos côtes. La majorité des autres espèces vont plutôt apparaître au printemps qui correspond au début de la saison de reproduction, et seront visibles généralement jusqu'à la fin de l'automne. En cherchant bien, vous aurez l'occasion d'observer des accouplements : dans un champ d'ulves avec des lièvres de mer qui s'accouplent en chapelet ; sur des éponges où les doris se croisent "tête-bêche", et peuvent s'accoupler pendant des heures et à plusieurs reprises. La raison de cette position s'explique par le fait que les organes génitaux sont situés sur le côté droit de l'animal.

Hermaphrodites, les limaces possèdent en même temps les organes mâles et femelles. Ainsi, lors de l'accouplement, les deux individus se fécondent simultanément. Ensuite, les pontes seront laissées sur différents substrats selon les espèces. Elles se présentent généralement sous forme de fins rubans ou  spaghettis gélatineux, dans lesquels baignent les oeufs.

 

Attention... FRAGILE !

Maintenant que vous êtes prêt à partir en chasse à la limace, pensez à prendre quelques précautions. Ce sont des être très fragiles. Lorsque vous vous apprêtez à fouiller une zone, palmer et remuer un minimum pour éviter de les cogner et de les décrocher de leur substrat. De même avec vos bulles, si vous êtes sous un surplomb... respirez un minimum. Enfin, ne les touchez pas, vous risquerez de les blesser.
Bonnes plongées Bio à tous, et bonnes recherches !

A LIRE !


Et juste pour le plaisir

Quelques bestioles tournées à Horseshoe Bay au sud de l'île de Rinca dans le Komodo National Park.


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