Plongée souterraine et plongée spéléo, mêmes enjeux

par Isabelle Croizeau | le Samedi 8 Octobre 2011 | Lu 6573 fois

  

La semaine dernière, suite au décès d’un plongeur dans le Lot, certains réclamaient purement et simplement la fermeture des sites au public. Nous nous sommes tournés vers la capitale européenne des réseaux souterrains, pour comprendre avec vous ce que sont ces deux disciplines, et comment elles se côtoient : entre partage et émerveillement, loisir et science, elles s’entremêlent et se complètent tout en gardant leurs spécificités.


Différencier plongée spéléo et plongée souterraine

« Il faut bien différencier, explique Jean-Luc Soulayres, responsable de la commission départementale de plongée souterraine FFESSM, la plongée en résurgences, qui s’apparente à de la plongée tek classique, et la plongée spéléo, sous terre, où il faut parfois progresser des heures, chargé de matériel, avant de se mettre à l’eau ». La première fait de plus en plus d’adeptes, et même si elle exige elle aussi des qualités de rigueur et d’autonomie, la seconde reste du domaine des plus opiniâtres : avant tout des spéléologues chevronnés qui, au gré de leurs explorations, deviennent aussi des plongeurs.
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Des fédérations qui se serrent les coudes

Mais s’il s’agit de deux disciplines différentes, la Fédération Française de Spéléologie et la Fédération Française d'Etudes et de Sports Sous marins, à travers sa commission plongée souterraine, travaillent ensemble et se soutiennent. En témoigne le droit de réponse qu’ils signaient conjointement cette semaine dans La Dépêche du Midi. Leur propos, notamment, est de rappeler que les deux activités ne « doivent pas être restreintes à une pratique minoritaire et élitiste. » Et de rappeler aussi qu’en 33 ans, si 12 personnes sont mortes dans le département en pratiquant l’activité, cette accidentologie est « en réalité très faible et bien inférieure à celle des autres sports de pleine nature. »


Des risques très bien évalués

Les plongeurs spéléos, puisque ce sont eux qui souffrent le plus de leur image « extrême », ne sont pourtant pas des têtes brûlées, loin s’en faut. Equipement, parcours, déroulement des plongées, tout est minutieusement préparé, chaque risque évalué, soupesé, et réduit au maximum. Certes, les accidents existent. Comme partout. Il y a un an, Eric Establie disparaissait au cours d’une plongée d’exploration. « On suppose, explique Guy Bariviera, président du comité départemental de spéléo, que la pente de sable était dans un état d’équilibre instable et qu’elle s’est effondrée suite à son passage, l’empêchant de rebrousser chemin. » Mais ses compétences, sa connaissance du site et sa parfaite préparation ne sont pas à mettre en cause. Si vous conduisez sur une route et qu’un arbre s’abat sur vous, vous n’y êtes pour rien…
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Le facteur humain

Dans le petit monde de la spéléo, le facteur humain a toute sa place. On se connaît, on se forme. « Traditionnellement, explique Jean-Luc Soulayres, c’est un monde où l’on fonctionne sur le principe du compagnonnage ». On se forme sur le tas, pris sous l’aile d’un ancien qui vous transmet son savoir technique certes, mais aussi son désir de connaissances, de découvertes, d’aventure au sens noble. Car c’est l’une des spécificités de cette activité : au delà du côté physique, elle n’est jamais bien loin de la découverte scientifique.
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Devenir les yeux des scientifiques

« Les plongeurs spéléo, insiste Guy Bariviera, apportent ainsi un plus à la connaissance des réseaux souterrains, en tout cas dans notre département. » Ils sont en quelque sorte les yeux des scientifiques, et les connaissances qu’ils acquièrent, notamment en ce qui concerne les sources d’eau potable, sont indispensables. Par exemple, Le Comité départemental participe activement, en partenariat avec le Parc Naturel Régional des Causses du Quercy, le Conseil Général et bien d’autres institutions ou bureaux d’études, aux opérations de traçage pour délimiter les bassins d’alimentation et contribuer à la mise en place des périmètres de protection des sources captées. Le Quercy est ainsi un réservoir d’eau potable surveillé en permanence par les spéléologues. Ils réalisent la topographie des galeries qu’ils découvrent et améliorent ainsi la connaissance du sous sol. Ils placent parfois pour les chercheurs des balises de positionnement, des outils construits empiriquement mais capables de transmettre des données à travers 250 mètres de calcaire.
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Améliorer la sécurité des néophytes

Et les spéléos, parce qu’ils plongent dans des conditions on ne peut plus difficiles, ont ces dernières décennies particulièrement fait avancer la technologie et de fait la sécurité des néophytes. Et c’est là que les deux disciplines se rejoignent en partie. Les connaissances en plongée spéléo ont en quelque sorte sans doute permis l’essor de la plongée en résurgences. Depuis peu, des brevets de plongée souterraine viennent d’ailleurs d’être mis en place au sein de la Fédération, ainsi que des brevets d’instructeurs spécialisés. La discipline se développe, comme en témoignent les décisions prises notamment dans le Lot : le Conseil Général, bien conscient de l’attrait de la région, a racheté certains sites, ou obtenu des concessions sur d’autres, afin d’en garantir l’accès. Chaque année, près de 10 000 plongées sont effectuées dans le département.
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Un laboratoire expérimental

La plongée souterraine est aussi un formidable laboratoire expérimental dans lequel naissent les appareils et les techniques qui seront utilisés demain en plongée loisir. Dès 1984, les plongeurs spéléos utilisent un gaz « révolutionnaire » dénommé SUROX et qui s'appelle aujourd'hui NITROX !!! Dans les annés 1990, l'utilisation de mélanges TRIMIX permet aux explorateurs de franchir la barre symbolique des – 100 mètres et dans les années 2000 apparaissent les premiers recycleurs SCR et CCR fabriqués par des passionnées qui pulvérisent ainsi la limite mythique des – 150 mètres avec des explorations atteignant – 180 mètres de profondeur !
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Rigueur et autonomie

Mais le développement touristique, exactement comme en ce qui concerne la plongée Tek en mer, ne veut pas dire anarchie et prise de risque. Les qualités requises restent les mêmes : rigueur sans faille et autonomie sont indispensables à la bonne pratique de la discipline. Que ce soit au sein des structures associatives, ou des structures commerciales, qui accueillent les plongeurs dès le niveau 2, le message reste le même : découverte doit rimer avec sécurité. Avec à la clef, au delà de toute querelle de clochers, des souvenirs hors du commun : eau cristalline, couleurs inouïes et « miracles » géologiques, pour une plongée hors du monde et du temps.
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Lien utile supplémentaire : plongeesout.com

 
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