Plongée à Lundy Island - Mémoires d'un phoque

par Damien Grouille | le Samedi 13 Novembre 2010 | Lu 2403 fois

  

Mes potes m’appellent Ernest. Je suis un jeune phoque gris, tout juste adulte mais heureusement encore assez blanchon dans ma tête pour ne pas me la prendre comme ces gros mâles qui paradent plus au Nord. Mon petit territoire se trouve dans une baie tout au sud de l’île, et j’y suis bien : les humains viennent rarement ici…


Je vis au bout du monde

Pour un phoque anglais, difficile d’imaginer endroit plus calme et éloigné des humains bruyants que Lundy Island, petite île perdue dans le canal de Bristol. La traversée est longue, et sur place, il n’y a rien d’autre qu’une ponton, une taverne, quelques jolis cottages hors de prix, le tout ceinturé de falaises peuplées d’oiseaux marins venu faire leur nid.

Un drôle de visiteur

Mais l’été dernier, il m’est arrivé un truc incroyable, il faut que je vous raconte, ça vaut son tourteau ! A la saison où les requins pèlerins reviennent dans le secteur (franchement, je saisis ma chance d’être né phoque gris, il suffit de regarder évoluer ces grosses outres à plancton pour en être convaincu !), j’ai un jour aperçu un drôle de visiteur : un humain avec une tente, des sacs à n’en plus finir, et deux gros cylindres (très durs sous la canine) qu’ils ne quittent pas sous l’eau. Il avait l’air si ridicule à côté des touristes, qu’est ce que j’ai pu rire !

Une grosse boite à lumière

Deux jours plus tard pourtant, tranquillement posé sur un fond de kelp à digérer un délicieux tacaud, j’entends le bruit typique d¹un humain subaquatique. Je n’avais pas vraiment envie de m’en préoccuper, mais il a fini par passer si près de moi sans me voir que la curiosité à eu raison de ma fainéantise. J’ai dû m’approcher encore et encore pour qu’il finisse par m’apercevoir avec sa vue basse… Pour m’amuser, j’ai employé ma grande ruse de chasse, me montrer d’un côté pour mieux surgir de l’autre, ça marche à tous les coups ! Il était bien drôle de le voir se tordre dans tous les sens avec sa grosse boite qui fait de la lumière.

Rendez-vous chez moi

Le lendemain à la même marée, je retrouve le bougre exactement au même endroit, étonnant ! Ca me coûte un peu de le dire, mais j’ai bien apprécié sa présence, je devais redoubler de ruse pour le surprendre par derrière, un jeu passionnant. Ce moment m’a beaucoup fait réfléchir, et j’ai décidé de l’inviter dans mes quartiers privés. Un honneur voyez-vous, La dernière fois que j’ai fait ça, il faut le dire, en faveur d’une jolie femelle qui, hum, passons !

Des tas de trucs à mordiller

Même si ma tanière est ouverte, il n’est pas si facile de la trouver : je me suis donc arrangé pour être à l’entrée principale au moment où le petit humain passait pas loin. Pour une fois il n¹a pas été trop myope et il m’a vu. J’ai dû attendre un bon moment qu¹il se décide à entrer. Mais alors, une fois les présentations faites, qu’est ce que j’ai aimé joué avec lui ! Ce n’est pas tous les jours qu’on peut mordiller autant de choses qui dépassent sans recevoir un coup de patte ! Il n’est pas couvert de cuir grassouillet comme nous : c’est parfois très mou et sensible, d’autres fois franchement raide sous la dent, étrange animal…


ASTUCE : Utilisez le bouton situé à droite (celui avec les 2 flèches) afin de passer en mode plein écran.

Une dernière danse

Hélas, j’ai dû partir dès le lendemain retrouver des copains au Nord. A mon retour, un cousin a qui j’avais laissé la garde de ma tanière m’a raconté y avoir fait une rencontre étonnante avec un humain qui a fini par dormir à ses côté. Je n’ai rien dit, je gardais ma joie à l’intérieur : ça ne peut qu’être lui, on va peut être se retrouver alors ! A mon grand désespoir, la météo exécrable m’a alors obligé à quitter les lieux. Le beau temps enfin revenu, je commençais à perdre espoir. Il y avait encore beaucoup de houle, et une visibilité à ne pas mettre un homard dehors. Mais un matin il était là : je l’ai reconnu à sa grosse boite qui scintille comme une belle petite seiche. Mmmm, j’avais faim, j’ai bien essayé de mordre dedans mais elle était bien trop dure et à chaque fois que je m’en approchais il y avait un autre phoque qui semblait en sortir, m’obligeant à grogner. Oh, c’est chez moi quand même !

Un souvenir dans ma tanière

Mon humain préféré, malheureusement, a fini par repartir. Mais avant cela, on s’est beaucoup regardés, et je suis persuadé d¹avoir vu de la reconnaissance dans ses yeux… Ca m’a fendu le cœur quand j’ai senti qu’il partait pour de bon, et de fait je ne l’ai jamais revu. Je garde de lui un curieux objet, précieusement dans ma tanière, et il m’arrive souvent de le regarder et de jouer avec comme avec lui, pour me souvenir de ce moment magique...

Ce récit vous a plu, retrouvez son intégralité en cliquant ici

Carte interactive


Pratique

Avant toute chose, pour venir rendre visite à Ernest par vos propres moyens, trois conditions sont nécessaires : avoir le goût de l'aventure et de l'effort récompensé... ou pas, savoir plonger du bord dans des conditions parfois délicates et surtout... parler anglais, il sera impossible d'y échapper !
La mine d'information principale est la suivante : http://www.lundyisland.co.uk/ Vous trouverez des liens vers les logements, le transport, les charters, les formalités à remplir, les choses intéressantes à faire, etc.

lundy

Pour vous rendre sur l'île, le moyen unique mis à part l'hélicoptère est la traversée de 2 heures opérée par le MS Oldenburg (se rendre sur le site internet de l'île pour les horaires et les tarifs), depuis les villes de Bideford et Ilfracombe.

Enfin, pour le logement, vous aurez le choix entre le camping (bien équipé en terme de sanitaires), ou l'une des 23 demeures au cachet certain qui parsèment l'île. Attention, afin d'obtenir une semaine complète de réservation il est VRAIMENT nécessaire de s'y prendre plus d'un an à l'avance hors de l'hiver... Les informations sont disponibles sur le site internet de l'île, ou bien directement par celui du Landmark Trust, une organisation ayant pour but de préserver et d'ouvrir au public de superbes édifices du Royaume : http://www.landmarktrust.org.uk/

Petite mise en garde tout de même : la plongée du bord dans une mer telle que le canal de Bristol ne s'improvise pas, et assurez vous d'être toujours capable de vous sortir d'un mauvais pas. Avec 10 mètres de marnage, le plus grand danger ici est le courant et il est indispensable de suivre les conseils des gardiens de l'île, de leur demander les tables de courants locaux et de s'assurer de leur absence largement entre la mise à l'eau et la sortie.

Si vous voulez plonger à Lundy sans les contraintes de la plongée du bord, vous pouvez choisir l'option des charters, mais sachez qu'ils vous emmèneront partout... sauf dans la baie d'Ernest ! N'oubliez pas non plus qu'ils doivent se rendre sur l'île, ce qui correspond à 1-2 heures de traversée selon l'état de la mer et le navire. Voici les sites internet des 3 opérateurs locaux, mais attendez vous à devoir les relancer plus d'une fois, voir à les rencontrer directement sur place :
http://www.obsessionboatcharters.co.uk/diving.htm
http://www.clovelly-charters.ukf.net/
http://www.redearth-studios.co.uk/lundy/

lundy-island

Et si vous vous rendez là bas, n'oubliez pas de saluer 4 personnes de ma part :
- Nicola et Sophie, les deux gardiennes permanentes de l'île,
- Carl, le chef cuisiner amateur de bonne bière et de fléchettes,
- Et... Ernest, bien évidemment !

Have fun !

Damien

Le Devon County Concil vous invite à un tour de l'île


Remerciements à Thierry Rolland pour nous avoir signalé cet excellent sujet.

Réagissez à cet article



Notez

     

Dans la même rubrique :
< >

Mardi 10 Janvier 2012 - 23:12 Croisière plongée Indonésie : WAOW !!!