Patrice Vogel : un "Vieux" Plongeur


  

On ne présente pas le Vieux Plongeur. A sa tête, il y a Patrice Vogel, dont la passion pour les eaux marseillaises est intacte : "tombé dedans" quand il était enfant, il promène ses palmes dans la grande rade avec le même enthousiasme qu'au premier jour. Avec un crédo : "La base de la plongée : se faire plaisir".


Ma première bulle :

J'ai commencé la plongée sur le tard car, si mes filles ont fait leurs premières bulles vers 5 ans, j'ai dû attendre d'avoir 8 ans pour le faire...Le souvenir est encore tout à fait clair dans mon esprit et, si le lieu n'a à priori rien d'exceptionnel, l'évènement était de taille : la calanque de Samena, à Marseille, un dimanche après midi, en 1967. Mon père venait de racheter le "Vieux Plongeur" et il m'a naturellement fait faire ma première plongée. Pas question, à l'époque, d'encadrement strict comme aujourd'hui. Il n'avait aucun brevet de plongée, pas de Fenzy (encore moins de stab), ni mano, ni détendeur de secours, et j'ai quand même survécu. La calanque de Samena était à l'époque le lieu de prédilection pour les amateurs de pièces détachées automobiles. En effet, l'endroit était parfait pour se débarrasser d'une voiture en la jetant à l'eau, les pièces étant ensuite récupérées par des "mécanos plongeurs" alimentant un petit trafic. A 8 ans, passionné de voitures, faire sa première plongée en se baladant dans les épaves était assez féérique...


Ma plus belle rencontre animalière :

Plus belle aventure, difficile à dire car, si le premier choc a été de se retrouver au milieu d'un rassemblement de mantas à Rangiroa, les rencontre les plus insolites ont été faites à Marseille. En 1997, en rentrant d'une nuit en mer, trouver des baleines à l'entrée du Vieux Port a été assez impressionnant, surtout lorsque l'une d'elles est remontée juste à coté du bateau. Comme elle faisait une dizaine de mètres, j'avoue avoir hésité à sauter à l'eau pour nager à côté. La rencontre la plus angoissante a été un requin de corail d'au moins 1 mètre, à Rangiroa, une peur bleue...c'était le premier que je voyais... Mais la dernière qui me vient à l'esprit, c'est une dizaine de dauphins, ente le Frioul et le Vieux Port qui passaient leur temps à sauter en l'air !!! un véritable show digne du Marineland que nous avons suivi ébahis pendant presque 1 heure.
Photo : Patrice Vogel
Photo : Patrice Vogel

Mon coup de gueule :

Ma plus grande exaspération, c'est quand je vois des plongeurs oublier la base de la plongée : se faire plaisir.
La mode de la plongée Tek et la volonté de certains de la présenter comme l'avenir de la plongée a tendance à m'exaspérer. Même si je suis conscient du plaisir que certains peuvent retirer de la plongée "TEK", je reste persuadé que la plongée est d'abord un loisir, une ballade sous marine, un moyen de faire des découvertes extraordinaires sans besoin de descendre à 100 mètres.
J'avoue plonger de moins en moins profond depuis que j'ai découvert la photo sous marine, et me régaler de plonger pendant 2 heures entre 0 et 20 mètres... Descendre sur une épave à 60 mètres peut effectivement présenter un intérêt, y descendre pour pouvoir annoncer avoir fait 60 mètres me semble déraisonnable.
Malgré tout, je ne peux que constater, en changeant régulièrement des piles d'ordinateurs de plongée, qu'il y a une grande différence entre les profondeurs annoncées et celles relevées sur les ordinateurs...l'effet du Pastis, peut être. De même, le matériel doit être un moyen, pas un but même si, bien sûr, il n'est pas interdit de se faire plaisir en en achetant... Il ne faut pas oublier que, même si l'abondance de matériel ne nuit pas (mon métier est d'en vendre...), ce n'est pas cette abondance qui fait un bon plongeur, seule l'expérience le fera.

Mon petit coin de paradis :

Le Planier par Urs Brunner
Le Planier par Urs Brunner
Incontestablement, Marseille, mais j'avoue être un privilégié. Je ne peux me lasser des sites de plongée de la région. Mon père y avait fait environ 30 000 plongées mais ne se vantait pas de connaître parfaitement la baie. Aujourd'hui encore, je fais plus de la moitié de nouvelles plongées tous les ans. C'est le seul endroit que je connaisse qui réunisse épaves, tombants, grottes, secs, falaises, etc… Les sites sont tellement variés qu'il reste des milliers de plongées à découvrir. Un exemple, le phare de Planier qui est extrêmement riche en épaves, Chaouen, Dalton, Messerschmitt, Latécoère. Mais aussi en tombants, ou grottes comme le Veyron, secs comme le Souquet ou la Pierre à la bague, pour ne citer que les plus classiques. Pourtant, derrière ce phare, un plateau s'étend sur environ 2 miles, sur lequel quasiment personne ne plonge... un des vastes terrain de jeux plein de découvertes à faire...

Pierre Vogel
Pierre Vogel

Mon rêve de plongeur :

Passer des vacances dans une cité sous marine... malheureusement, aucune n'existe alors, plus simplement, arriver à trouver l'équilibre qu'avait trouvé mon père qui plongeait tous les jours, et ce jusqu'à la fin de sa vie. Je ne l'ai jamais vu se lasser ou s'obliger à partir en mer, la passion jusqu'au bout.

Un rêve, quand même, arriver à vider la baie de Marseille pour découvrir toutes les richesses qu'elle contient. C'est simple, il suffirait de construire un grand mur, puis de pomper... mais je ne suis pas sûr de pouvoir réaliser ce projet.

Jacques Mayol
Jacques Mayol

Mon modèle :

Difficile quand on est tombé dedans en étant petit... j'ai baigné dans ce milieu dès le plus jeune âge.

Bien sûr, Cousteau a fait découvrir des merveilles, mais en présentant la plongée comme réservée à des surhommes.

Un choc avec Mayol, alors pas vraiment connu, qui était avec nous en bateau pour faire un peu d'apnée. Ce jour là, on ne le connaissait pas vraiment et mon père l'avait accueilli sans savoir mais, quand il nous a rejoint en apnée sur 30 mètres de fond le long d'un tombant, le choc a été immense... Autre personnage, Falco, toujours aussi jeune d'esprit et émerveillé par la mer.

Mes prochaines plongées :

Mon prochain voyage??? Marseille... Je sais, je me répète, mais je ne me lasse pas , encore une centaine d'années avant de presque tout découvrir.. Bien sûr, avec de l'eau un peu plus chaude se serait mieux, mais bon...
Je ne suis malgré tout pas contre les voyages, mais la plongée est rarement mon but dans ce cas. La découverte d'un petit bout de Madagascar il y a deux ans fut un émerveillement... sans faire aucune plongée.
Mais bon , j'aimerais bien faire un stage photo aux Maldives, ou j'ai fait mon voyage de noces il y a presque 30 ans.
Le Vieux-Port
Le Vieux-Port


Mon actualité :

En fait mon activité professionnelle tourne autour de la plongée. En plus de vendre du matériel, je m'oblige à tester tout ce que je vends, ce qui me force à plonger régulièrement... ce qui est la partie la plus agréable de mon travail.
Les test réalisés pour Subaqua m'ont également apporté beaucoup... de travail. Egalement parfois des tensions avec des fabricants, dont certains m'ont demandé de ne plus essayer leurs produits... parce que je n'en disais pas du bien.
En projet, je voudrais bien recenser tous les loupés en matériel de plongée pour en faire un petit recueil.
Aujourd'hui encore, j'ai régulièrement des surprises, à se demander si certains fabricants essaient réellement leurs produits avant de les mettre sur le marché.
Les normes ont permis d'éliminer le matériel dangereux, mais elle n'empêchent pas les erreurs de conception comme des fermetures mal montés sur les vêtement, des coupes ratés, des palmes inefficaces, etc…
Je rêve également d'un détendeur de plongée optimisé pour les conditions normales d'utilisation, pas pour avoir la meilleure courbe à la norme CE.

Patrice Vogel
Patrice Vogel

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