Ordinateur de plongée - Faire le bon choix

par Denis Jeant | le Mardi 26 Octobre 2010 | Lu 27959 fois

  

L’ordinateur de plongée s’est généralisé. Changement d’époque et marche en avant du progrès…
Comment le choisir ? Et comment l'utiliser ? Voici quelques conseils pour vous aider à vous y retrouver, en nous limitant volontairement à une utilisation loisir à l’air ou au nitrox.


Un ordi pour chaque utilisation…
et chaque motivation

Commencez par vous poser quelques questions : quel niveau avez-vous ? Quels sont aujourd'hui vos besoins ? Quels sont vos projets ? Envisagez-vous de passer des niveaux prochainement ? Comptez-vous suivre une formation Nitrox ? ... De même qu'il n’est pas nécessaire d’avoir un 4x4 pour rouler en ville, il n’est pas toujours utile d’avoir une “usine à gaz” pour plonger. Sauf si vous voulez vous faire plaisir et répondre aux “sirènes du marketing” en vous offrant le dernier “modèle tendance”. Prenez conseil autour de vous. Faites appel à votre moniteur(trice), qui connaît votre niveau et vos besoins. Multipliez les échanges avec d'autres plongeurs, par exemple sur scuba-people.com, et demandez les conseils d’un revendeur spécialisé.

Quelques critères de choix

choix ordinateurLes ordinateurs de plongée ont fait de réels progrès en ce qui concerne l’algorithme de décompression. D’où l’intérêt de ne pas acheter un ordinateur trop ancien.

A titre d’exemple, nous avons vu apparaître sur le marché des ordinateurs de plongée avec des modèles adaptables qui tiennent compte de certaines variables de votre plongée. D’autres modèles permettent le choix de modes plus ou moins conservateurs. Finie la décompression figée des vieux modèles.

Il est également important de vérifier que votre ordinateur permet de mettre à jour son logiciel interne (en général avec une interface) pour le faire évoluer dans le futur. Tous les modèles ne sont pas évolutifs.

Aujourd’hui la majorité des modèles, même d’entrée de gamme, permettent de plonger au Nitrox. Une fonction qui peut être intéressante, puisque cette pratique est de plus en plus répandue  (dès le plongeur Niveau 1).

Les paliers profonds sont une des dernières théories à la mode. Elle est controversée en ce qui concerne la plongée à l’air. Selon une étude de DAN elle serait bénéfique pour la décompression pour des profondeurs moyennes (25 mètres dans l’étude) et inutile, voire dangereuse, selon une étude française dans la tranche des 45-60 mètres. Et un problème se pose quand dans une même palanquée certains veulent utiliser cette méthode et d’autres pas.

A l’heure des écrans OLED prometteurs, une majorité d'ordinateurs ont encore des écrans à cristaux liquides qui présentent l’avantage d’être meilleur marché et de consommer peu d’énergie. Peu d’écrans d’ordinateurs sont aujourd’hui en couleur. Il existe quelques rares exceptions comme par exemple l’Icon HD de Mares® (écran TFT / LCD QVGA 320x240 pixels) ou le SDA d’Uemis® (écran OLED ).


ordinateur

Pour des questions de lisibilité, certains fabricants sont revenus à des écrans plus larges, plus faciles à lire.
Certains modèles intègrent aussi un compas numérique utile pour s’orienter : la gamme des Galileo Uwatec®, Icon HD de Mares®, Vyper Air de Suunto®…

Des modèles haut de gamme ont une fonction ICE (In Case of Emergency ou En Cas d’Urgence) qui permet d’avoir accès aux données personnelles de l’utilisateur en cas d’accident: nom, numéros de téléphone, groupe sanguin, allergies…

Pensez que la pile au lithium de certains ordinateurs peut être changée soi-même alors que certains modèles nécessitent l’envoi à un SAV spécialisé.

Enfin, la gestion de gaz est réellement un plus en terme de sécurité pour connaître sa pression et son autonomie à tout instant.

Le port au poignet et en console présentent chacun des avantages, des inconvénients et des inconditionnels.

Limites et physiologie….

physiologie plongée

Un modèle de décompression, qu'il soit utilisé pour un ordinateur ou pour une table de plongée, est purement théorique et ne peut modéliser avec exactitude l'organisme d'un plongeur en désaturation. Aucun modèle de décompression ne peut garantir l'absence d'accident de décompression. Il ne peut que limiter le risque dans une certaine mesure. L’idéal serait une décompression pour chacun qui tienne compte de vos différentes caractéristiques physiologiques du moment. On en est encore très loin. Certains facteurs favorisants sont même probablement encore méconnus. Seul le respect de la procédure de décompression utilisée et la réduction du nombre de ces facteurs peuvent limiter de manière raisonnable le risque. Pour caricaturer, respecter le code de la route permet de réduire le risque d’accident mais sans jamais le supprimer. Rappelons que près de 80% des accidents de décompression ont lieu avec respect des procédures de décompression. On est dans ce cas en présence d’accidents dits inattendus (plutôt qu’immérités car il n’y a aucun mérite à faire un accident), le plus souvent avec des facteurs de risques cumulés comme la fatigue, la déshydratation, plus de deux plongées par jour, le froid, l’embonpoint, l’âge après 40 ans…etc...

Un apprentissage indispensable…

emploi-ordinateurMême un bon outil a ses limites et doit être utilisé dans un cadre bien précis pour éviter d’être dangereux. Certains “bricoleurs du dimanche” finissent aux urgences pour ne pas avoir pris en compte cette donnée. C’est la même chose avec un ordinateur en plongée. Il n’est pas possible de tout faire avec. Pour cette raison lisez attentivement le manuel et apprenez son utilisation avec votre moniteur ou monitrice… Evitez notamment les profils de plongée qui peuvent être dangereux de type yo-yo, inversé… Pour caricaturer, il ne suffit pas de se jeter à l’eau avec son ordinateur pour plonger en sécurité. Il est également préférable d’utiliser son nouveau matériel, plusieurs fois, dans des conditions de plongée faciles afin de se familiariser à son utilisation.

Quand l’électronique vous lâche…

Selon une étude du DAN (Annual Diving Report 2008 edition ), sur 11 869 plongées dont 480 incidents matériels rapportés, l’ordinateur est la première cause la plus fréquente d’un problème de matériel après le masque. Le plongeur a 8 fois plus de chances d’avoir un problème d’ordinateur (157) que de détendeur (19). Mieux vaut donc prévoir un outil de secours, plus particulièrement pour les plongées au-delà d’une vingtaine de mètres. Cela peut être un simple jeu de tables (il est donc utile de continuer à apprendre à les lire), mano, montre et profondimètre ou une montre ordinateur en plus par exemple. Un instrument électronique peut tomber en panne, il est utile de comparer régulièrement ses indications avec d’autres et de ne plus utiliser un ordinateur suspecté de mauvais fonctionnement.


Pour éviter de l’endommager, emportez le toujours en bagage cabine avec vous quand vous prenez l’avion.

Une aide à la gestion de la décompression…

Portez un masque correcteur ou des lentilles si vous en avez besoin, pour pouvoir lire correctement les informations en plongée.

Une plongée, même avec un ordinateur, se planifie au sec avant de se mettre à l’eau. Gestion de la décompression et autonomie en gaz. D’autre part, on plonge en palanquée. Le plan de décompression doit être choisi en concertation et connu de tous.

Attention de bien avoir sélectionné le bon gaz quand vous plongez. Plus particulièrement après avoir réalisé une plongée au Nitrox. Certains ordinateurs ne vous le demandent pas. L’idéal est de conserver son ordinateur en mode “air” et de plonger ou de faire ses paliers au Nitrox pour accroître sa sécurité en plongée.

Pour le reste reportez-vous au manuel de votre ordinateur.
Ordinateur de plongée - Faire le bon choix

Interface et carnet de plongée électronique

La majorité des ordinateurs permettent de les connecter grâce à une interface à un ordinateur de bureau pour exploiter les données avec un logiciel : souvenir de ses plongées, mais également excellent moyen d’étudier ses profils afin de les améliorer.
Malheureusement, peu d’interfaces sont compatibles avec les systèmes d’exploitation Mac OS ou Linux. Seul le SDA Uemis® le permet, les données étant stockées et sécurisées dans un compte personnel en ligne. Une majorité d’interfaces sont aujourd’hui en USB. Il est parfois possible de transmettre les données de ses plongées par Internet, comme par exemple à DAN, pour alimenter des études scientifiques (DSL Project et PDE ) qui visent à améliorer notre sécurité.

Ordinateurs et sécurité du consommateur ?

Aujourd'hui, aucun organisme officiel et indépendant ne valide les protocoles de décompression suivis par nos ordinateurs de plongée qui pourtant ont une incidence sur notre décompression et notre santé. Il existe de très nombreuses normes européennes censées protéger le consommateur mais rien dans ce domaine.
Le marquage CE indique la conformité avec les directives 89/336/CEE et 2001/95/CE de l'Union Européenne. La norme EN 13319:2000 qui concerne les "accessoires de plongée: profondimètres et instruments de mesure associant profondeur et temps ne s’intéresse qu’au fonctionnement électronique de la mesure de profondeur. Vous saurez tout au plus que votre ordinateur est basé en partie, par exemple, sur le modèle RGBM.
Quelles marges de sécurité sont appliquées ? Comment est modifiée ou adaptée la procédure de décompression en cas de remontée rapide? Chute importante de pression? Variation de la fréquence cardiaque? Profils à risques? ...
Les fabricants se protègent avec une certaine marge de sécurité et de pleines pages de mises en gardes dans les manuels d'utilisation. A les lire, on se demanderait parfois s'il est bien raisonnable de plonger...

Eric Frasquet
Eric Frasquet

Point de vue de l'expert

Eric Frasquet - Ancien directeur technique d'un fabriquant d'ordinateurs de plongée, gérant d'Aventure Bleue, un centre de plongée pro de Bormes-les-Mimosas (83).

"L'intégration de l'autonomie dans nos ordinateurs constitue l'évolution la plus intéressante et elle est née il y a… 15 ans ! Depuis, nous avons vu apparaître quelques gadgets technologiques dont l'efficacité en terme de sécurité reste à démontrer.La prise en compte de la fréquence cardiaque par exemple est un accessoire qui finit généralement au fond du sac, après quelques plongées d'essai.

Les procédures de palier profond, quant à elles, ne s'appuient pas sur des études démontrant une meilleure qualité de décompression et induisent des difficultés nouvelles dans la gestion de la remontée au sein d'un binôme. Mais, sous prétexte que le temps de décompression est plus long que celui du modèle initial, on voudrait nous faire croire que notre sécurité est augmentée sans pour autant le démontrer.

Les écrans OLED sont très prometteurs pour les années à venir, le faible niveau de consommation, la couleur qui permet de souligner les informations importantes, le contraste et l'angle de vision seront très appréciés si les concepteurs ne tombent pas dans le piège de l'“usine à gaz” car dans ce domaine nos ordinateurs sont capables d'afficher une multitude d'informations que nous ne regardons même plus. La sécurité de notre décompression passe par une étude sérieuse de l'interface Homme/Machine et il me semble indispensable de revenir à des choses simples, aux fondamentaux.

Ces informations indispensables pour une bonne gestion de nos plongées sont très souvent affichées… en tout petit. Si les compteurs de nos véhicules étaient aussi complexes que nos ordinateurs de plongée, imaginez quelle pourrait être l'évolution des statistiques d'accident routier alors que la narcose au volant est prohibée. Quels sont les ordinateurs qui répondent à ces exigences ?"

Pour conclure....

Les ordinateurs de plongée ont fait de beaux progrès depuis les premières générations. Ils étaient de "simples lecteurs de tables" au tout début. Un ordinateur doit être utilisé en "connaissance de causes" pour plonger dans de bonnes conditions de sécurité. Aucun outil, aussi bon soit-il ne peut se substituer au plongeur dans la conduite de sa plongée. Son utilisation doit être envisagée comme une aide à la gestion de sa décompression.
Le Foxboro Decomputer Mark I de l'US-Navy en 1955 - Le tout premier ordinateur de plongée
Le Foxboro Decomputer Mark I de l'US-Navy en 1955 - Le tout premier ordinateur de plongée

Denis Jeant
Denis Jeant

L'auteur

Denis JEANT

BEES 2° en plongée subaquatique,
moniteur national de premiers secours,
auteur d'ouvrages sur la plongée et sécurité en plongée.

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