On ne nait pas plongeuse, on le devient


  

Voici en substance ce dont m’ont fait part les joyeux lurons de scuba-people.com, il y a quelques mois : « Vous, les femmes, (sans l’accent de Julio Iglesias), vous représentez 1/3 de la population des plongeurs. Or, ce milieu reste très masculin, chez les fabricants, dans les medias, dans les clubs, etc... Nous aimerions un point de vue féminin sur le monde de la plongée… ça te dit ?». Après quelques séances de brainstorming arrosées, la rubrique "Détendeur et Porte-Jarretelles" était née.


Comment devient-on plongeuse ? Ma grand-mère ne savait pas nager, ma mère seulement si elle a pied et ne lui parlez pas de mettre la tête sous l’eau… et moi, je prends mon pied avec un détendeur dans la bouche ! Que s’est-il passé en 3 générations ?

Dans le sillage de la Bergère

Si on remonte aux prémices de la plongée scaphandre, il est vrai que les présences féminines sont rares. Dans la vie de la Calypso, il n’y avait pas vraiment de femmes, si ce n’est peut-être celles qui montaient à bord pour une nuit dans chaque port… Pourtant, la première à plonger en scaphandre fut Simone Melchior, dite « La Bergère », première épouse du pape Cousteau. Et ironie de l’histoire, c’est elle qui paraît-il sauva le bateau de ses tempêtes financières. Derrière chaque grand homme il y a une femme, dit-on !

Infiltrer un milieu d’hommes

La plongée, c’est la mer. Et la mer, c’est un milieu d’hommes, depuis toujours. Et comme le disent les marins : une femme sur un bateau, ça met le désordre, (essentiellement à cause des pulsions masculines d’ailleurs). C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la femme qui prend l’homme, tadadam…

La plongée est souvent vue comme un exploit physique et il est vrai que l’on associe difficilement les activités professionnelles sous-marines (plateformes pétrolières, plongeurs sauveteurs, militaires, etc..) aux femmes, même si quelques unes ont choisi cette voie difficile.

Halte à la plongée « commando »

Alors oui, la mer, c’est rude. La mer, c’est physique. Je me souviens d’un reportage sur le tour du monde de Maud Fontenoy où on la voyait désemparée, en pleurs devant sa caméra embarquée, alors que son mat venait de rompre. Et puis, elle s’est reprise, comme une femme qui en a ! Comme une femme !

Mais au delà des exploits des unes et des autres, la plongée est devenue un loisir, pas forcément une activité où l’on flirte avec les limites. Elle s’est démocratisée et se veut moins élitiste, n’en déplaise à certains vieux loups de mer qui plongent sans stab! Amoureuses de la mer, nous sommes donc de plus en plus nombreuses à plonger, même si l’on doit parfois nager contre le courant des idées reçues.

Plongeur-Plongeuse, mode d’emploi

En plongée, comme dans la vie, nous sommes souvent confrontées aux regards des hommes.

Il m’est arrivé plusieurs fois d’avoir la chance de me faire pousser par les fesses, par un divemaster bienveillant, pour remonter sur le zodiac… Dans l’eau, comme dans le métro, il y a toujours des paluches baladeuses ! Messieurs, nous apprécions la galanterie, mais vous pouvez aussi nous aider à remonter en nous tirant par le bras ; et lorsqu’on essaie de mettre un maillot sec par des creux de 3 mètres, ce n’est pas la peine de guetter les moments où la serviette va s’envoler…

En rêvant à James Bond

Néanmoins, nous avons pris l’habitude de retourner vos élans de galanterie à notre avantage. C’est vrai, une plongeuse demandera plus facilement de l’aide pour porter son bloc. Après tout, autant profiter de nos faiblesses physiques ; le tout est d’ajouter le bon battement de cils à la demande !

Et si par bonheur un moniteur nous plait, nous saurons feindre une panne d’air pour profiter d’une remontée collé-serré avec l’objet de tous nos fantasmes… en rêvant d’une scène d’amour sous-marin digne d’un James Bond !

Pas facile d’être féminine et sexy !

Etre plongeuse c’est aussi savoir mettre à mal sa féminité. La combi, ça fait un gros popotin, enfin un popotin encore plus gros que d’habitude… comme si ce n’était pas suffisant, la combi, ça aplatit les seins… Bref, on a souvent l’air d’une bouteille d’Orangina en train de faire la danse des canards palmés ! Et avec une cagoule, on ne ressemble à rien. Le masque fait ressortir les sourcils mal épilés, et après 2 plongées, on a des dread locks à la place des cheveux. Etre une plongeuse sexy, c’est quasiment impossible !
La copine & la Morue
La copine & la Morue

Des photos de pub à la réalité…

Lorsque l’on regarde cette pub vintage Scubapro, on comprend bien que cette sirène au physique suédois était là pour appâter le chaland, plaire à la gent masculine…

Je vous assure que même si la jeune femme est d’origine nordique, elle plongera en semi-étanche en Bretagne et aura l’air, elle aussi, d’une patate dans sa combi !

Messieurs les fabricants, si vous m’entendez, il y a encore du boulot pour mettre en valeur nos formes et notre féminité !
Ancienne pub Scubapro
Ancienne pub Scubapro

Gros lolos… mais petits poumons !

Bien que dotées d’atouts généreux, nous n’en avons pas pour autant de gros poumons ! Une plongeuse consomme généralement moins qu’un plongeur. En effet, le volume pulmonaire des femmes est moins important que celui des hommes, même chez Samantha Fox ! Ceci explique notre différence de consommation d’air. Nos binômes sont bien souvent contents de venir téter un peu d’air sur notre octopus, au palier ! En revanche, notre volume pulmonaire étant moins important, nous sommes de fait pénalisées en apnée. Chacun son problème !
Radiographie de Marylin Monroe
Radiographie de Marylin Monroe

La sécurité avant tout

Une plongeuse qui guide une palanquée est bien souvent plus attentive au groupe, il doit y avoir un instinct maternel qui se réveille irrémédiablement, et nous transforme en maman cane surveillant sa portée. Mais je crois que la différence fondamentale entre les hommes et les femmes est la notion de risque. La plongeuse est à mon sens moins attirée par les profondeurs et moins encline à tester ses limites. Elle se fait plaisir, sans chercher à prouver quoi que ce soit.

Nous sommes de plus en plus nombreuses à faire des bascules arrière. C’est un fait. Alors, professionnels de la plongée, fabricants, voyagistes, patrons de clubs, il serait temps de prendre en compte ce nouveau « marché », avec ses particularités !

Bien sûr, sur terre comme sous l’eau, les femmes viennent de Venus et les hommes de Mars. Mais il me semble que plongeurs et plongeuses viennent tous de Neptune, habités par un amour commun, celui du grand bleu !


La morue
La Morue


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