Les lamantins de Crystal River

par James Chevreuil | le Samedi 9 Avril 2011 | Lu 6326 fois

  

Chaque année, de novembre à mars, les lamantins de Floride se regroupent autour des sources chaudes de la Crystal River : un paradis pour siréniens placides, aussi curieux qu'affectueux.


Du temps des chasseurs

« L’indien Tequesta s’approche doucement du Lamantin, ou peut-être est-ce le contraire, tellement ce gros mammifère marin est familier et peu craintif. L’homme lui passe doucement un lasso de fibres autour du corps pour l’empêcher de fuir. L’animal ne pressent pas encore les intentions belliqueuses de l’indien. Il a dans la main deux bouchons de bois qu’il enfonce rapidement dans les narines de l’animal. (en savoir plus ) Il sait très bien que le lamantin ne peut pas respirer par la bouche, elle ne communique pas avec le nez. Ce dernier mourra étouffé dans d’atroces souffrances. Il sera offert d’abord au chef et aux personnages importants de la tribu car sa chair est considérée comme un met de choix. Sa peau fera d’excellents boucliers, sa graisse fournira de l’huile et dans ses os, très durs, on sculptera des outils. Le chasseur aura le privilège de garder les dents et certaines parties de l’animal réputées pour avoir des propriétés magiques ».
Indiens Séminolles dans les Everglades en 1916. Photo: John Kunkel Small (1869–1938)
Indiens Séminolles dans les Everglades en 1916. Photo: John Kunkel Small (1869–1938)

Des animaux aujourd’hui protégés

Ça, c’était « avant ». Heureusement, aujourd’hui les Lamantins de Floride sont protégés. Après avoir frisé la disparition, les efforts des scientifiques et les lois très sévères qui les protègent portent leurs fruits. Depuis une vingtaine d’années leur population a augmenté et des zones réservées de plus en plus grandes leur ont été attribuées le long des berges et particulièrement autour des sources d’eau chaude où ils aiment se réunir. Malgré tout la bataille n’est pas gagnée et de nombreuses menaces les guettent.

Petite migration hivernale

En effet, si les rencontres avec les bateaux ou la pollution sont souvent responsables de leur disparition, les lamantins sont aussi très sensibles à la température de l’eau. C’est pour cette raison qu’ils quittent les mangroves des côtes de Floride entre novembre et mars pour remonter la Crystal River où ils savent trouver un peu de chaleur. Malgré cela, les caprices du climat peuvent leur être fatal. Si la température descend sous 15 °C, ils sont sujets à des pneumonies, et leur épaisse couche de graisse ne semble pas jouer un grand rôle de protection dans ce cas. Plus de 600 sont morts l’an dernier dans la région d’Homassassa, à 7 miles de Crystal River, du fait d’un hiver trop rigoureux.


Vous avez dit lamantin ?

Mais d’où nous vient ce drôle d’animal ? Et bien d’un très lointain ancêtre commun avec l’éléphant. Les ongles au bout des deux nageoires en sont le signe le plus visible. Point de trompe, bien au contraire un très gros nez. Comme l’éléphant, il est végétarien, c’est d’ailleurs le seul mammifère marin dans ce cas, avec le dugong. Quelques dizaines de kilos d’herbes aquatiques et de jonquilles d’eau par jour ne lui font pas peur. Et si les éléphants femelles ont deux mamelles sur la poitrine, comme les humains, les tétines des lamantines ont migré « sous les bras ». On rencontre souvent un petit qui semble mordre sa mère à l’insertion des nageoires ; en fait il tête et s’endort souvent dans cette position. Aucune parenté avec la vache, malgré son appellation américaine de « Sea Cow ».
Les ongles de cet ancien éléphant
Les ongles de cet ancien éléphant

Rien à voir avec une sirène

S’il a pu être confondu autrefois avec une sirène, c’est sans nul doute dû à la vue embuée d’alcool doublée d’une abstinence trop longue des marins qui l’ont croisé pour la première fois. Il lui en est resté son appartenance à l’ordre des siréniens, tout comme son cousin le plus connu, le Dugong. La principale différence avec lui est sa queue qui ressemble plus à celle des dauphins alors que celle du lamantin a la forme d’une large spatule arrondie. J’aimerais mentionner leur ancêtre géant, la Rhytine de Steller, gros sirénien de 8 mètres pouvant peser 5 tonnes. Elle fut découverte en 1741 en Alaska. Son caractère placide et confiant lui valut d’être chassée et exterminée en moins d’une trentaine d’années. Le Muséum d’Histoire Naturelle de Lyon en possède un exceptionnel et rarissime squelette.

Une boule de tendresse

Je n’avais pas revu ces gros chamallows depuis 15 ans. Je ne dirai pas qu’ils m’ont reconnu, bien qu’ils vivent au delà de 40 ans, mais le premier rencontré s‘est approché de ma petite barque d’aluminium, a mordillé la corde de mon ancre, (oui, je sais, c’est un bout, mais on n’est pas en Bretagne) pour se nettoyer les dents, (ils adorent ça) et ne m’a plus lâché. Petites caresses de retrouvailles, quelques photos et une grande joie de savoir qu’ils étaient toujours là, curieux et affectueux, avec leurs petits yeux en trou de balle et leur gros nez.
Les lamantins de Crystal River

Les matins du paradis

Je me suis vite aperçu que c’était des lève-tôt et que si je voulais les rencontrer autrement que posés sur le fond en train de dormir, il fallait que j‘aille à leur rencontre au lever du soleil. Sept heures du matin, l’heure magique quand le soleil embrase les palmiers à l’horizon et évapore doucement la couche de brume nocturne qui recouvre encore la rivière. Les pélicans passent près de moi en frôlant la surface. Ils profitent de « l’effet de sol » cher aux pilotes. Un héron, encore endormi sur une branche haute me surveille du coin de l’oeil. De magnifiques ibis blancs à bec rouge s’envolent à mon approche, sans doute les mêmes qui picoraient l’herbe devant ma chambre la veille.

Vers le lagon secret

Je suis dans un vrai décor de film et ma barque glisse doucement, limitation de vitesse oblige, vers le lagon (presque) secret des Lamantins. En cherchant bien, et en suivant sournoisement quelques bateaux de « Manatees Watchers », je finis par découvrir le paradis des sirènes et du photographe que je suis, avide d’eau cristalline et d’un fond clair, m’évitant ainsi l’usage du flash, à la satisfaction commune de l’officiant et de ses modèles. Un petit bras de rivière qui débouche dans une minuscule baie au fond sableux, cernée par une forêt d’arbres habillés de lichen, si typiques des marais de Floride. De minuscules cratères gargouillent ici et là. J’y risque la main, ce sont des sources d’eau tiède et je comprends pourquoi mes dodus amis viennent ici pour y passer les mois d’hiver.


Sous haute surveillance

Outre les rangers, toujours prêts à se déguiser en placides pêcheurs ou en scout pagayant innocemment dans leur canoë, les « Manatee Watch Volunteers », eux sont très visibles dans leur gilet rouge fluo. Ils veillent à tout débordement de la part des touristes, lâchés dans l’eau par dizaines avec un boudin de mousse sous les bras en guise de bouée, souvent sans palme ni tuba. Bien qu’il soit interdit de toucher, agresser, poursuivre, chevaucher et même désaltérer ( !) les lamantins, ils ne peuvent empêcher le contact et les caresses prodiguées par les visiteurs qui découvrent cet animal si affectueux. Les Lamantins en redemandent. Un petit passage dos est fréquent, des gratouillis sur le bide, c’est bien meilleur. Mais ne vous risquez pas à franchir la ligne de bouées matérialisant leur zone réservée, véritable sanctuaire pour les lamantins qui ont compris très vite qu’ils pouvaient y dormir en toute tranquillité. En cas de non respect de ces limites, vous pourriez, vous aussi, dormir tranquillement dans les geôles de Floride et y laisser quelques gros billets verts.


Pour les voir

Se rendre à Orlando par le transport de votre choix. Aux dires d’une hôtesse en Février 2011, Air France devrait ouvrir bientôt une ligne directe Paris-Orlando. A l’aéroport, le plus simple est de louer une voiture et de faire 80 miles vers l’ouest pour rejoindre Crystal River.


Hébergement

Le « Port Hôtel & Marina » me semble le mieux placé, au bord de Kings Bay, face à Banana Island. Vous apercevrez les lamantins de votre chambre lorsqu’ils viennent respirer en surface. Le magasin de la marina vous louera la barque ou le canoë qui vous permettra d’aller les voir de plus près.

Restauration : J’ai bien aimé un petit restaurant sur l’avenue principale du nom de « Oysters ». Poissons et crevettes de Floride vous y attendent préparés par un grand chef noir qui a la gentillesse de venir vous saluer à votre table et de demander votre avis sur les plats.

Equipement

PMT et une combinaison pas trop mince, on a tendance à rester longtemps dans l’eau. J’avais une 5,5mm, ça me semble un minimum pour ne pas frissonner au bout de 4 ou 5 heures de trempette. Et, puis il est bon de savoir que, si l’eau n’est pas très froide, un vent glacial peut se lever et vous serez contents d’avoir un coupe-vent, même par dessus votre combinaison pour les trajets en barque.

Pour la photo, j’ai laissé mon flash dans le bateau. A mon avis, il n’est pas vraiment nécessaire et vous fera rater plus de photos qu’il ne vous en fera réussir, surtout dans les eaux chargées. Les lamantins vous en seront reconnaissants.


James Chevreuil
James Chevreuil
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