Les Requins : succès de l'évolution ...

par Anthony Leydet | le Samedi 8 Janvier 2011 | Lu 10820 fois

  

Son nom suffit à faire monter le taux d'adrénaline de tout homo palmus. De l'angoisse pour certains, de l'excitation pour d'autres... Ailerons déployés, tous les sens en éveil, c'est un véritable avion de chasse qui s'approche de vous. Un pur produit de Dame Nature, fruit de plusieurs centaines de millions d'années d'évolution !
Jaws, Open Water, Peur Bleue ou même Gang de Requins... Depuis des dizaines d'années les requins sont les stars du grand écran. Pourquoi ? Serait-ce notre peur, légitime même si peu fondée, de l'animal ? Ou bien plutôt une forme d'admiration, de vénération tant les millions d'années qui ont façonné ce super-prédateur ont abouti à un produit frôlant la perfection ?
Revenons quelques siècles en arrière, lorsque déjà les requins étaient vus comme des animaux sanguinaires...


Un REQUIEM, c'est un requin, selon cet extrait du ''Dictionnaire des Arts et des Sciences'' (1694)
Un REQUIEM, c'est un requin, selon cet extrait du ''Dictionnaire des Arts et des Sciences'' (1694)

Taillés pour réussir !

Voir évoluer les requins dans leur milieu naturel, autour de vous, permet de vite se rendre compte de l'efficacité de leur corps fuselé. Un hydrodynamisme parfait, dû non seulement à la forme de leur corps, mais également au revêtement de leur peau. Une forme parfaite des plus efficaces, offrant le minimum de résistance dans l'eau leur permettant de glisser avec un effort réduit. La silhouette de l'animal parait être idéale chez le grand blanc, lui offrant un hydrodynamisme proche de celui du thon !

La peau des requins a elle aussi un caractère exceptionnel : elle est recouverte de minuscule écailles appelées "placoïdes " dont la structure est proche de celle des dents ! Ces petites "dents" sont recourbées vers l'arrière de l'animal ce qui explique le côté rugueux de la peau.


Un Super-Prédateur !

Et si cet animal impressionne depuis toujours, c'est certainement grâce à son intégration réussie au sein de nombreux écosystèmes marins et même d'eau douce de la planète (à l'image du requin bouledogue pouvant vivre dans les deux !).

Mieux, les requins sont même des super-prédateurs en force. La plupart des espèces sont au sommet des chaînes alimentaires, et représentent ainsi un des maillons les plus importants pour la bonne santé des écosystèmes. Comme dit le Dr Gruber, un océan sans requins est un océan malade. 

Et pour cela, les squales possèdent des armes redoutables. A commencer par leur mâchoires : alors que les requins les plus archaïques ont une mâchoire supérieure soudée au crâne, limitant ainsi le choix de leurs proies, la plupart des requins modernes possèdent des mâchoires de type hyostylique. Désolidarisées du crâne, elles ont une plus grande mobilité, et peuvent alors devenir proéminentes lors de l'attaque d'une proie pour mieux l'attraper.
Les Requins : succès de l'évolution ...

Dents à volonté !

Ces solides mâchoires ne seraient pas aussi impressionnantes sans une puissante dentition ! Et ces dents, positionnées en plusieurs rangées, ont la particularité de se renouveler constamment. Elles prennent naissance dans la cavité du cartilage maxillaire, et migrent vers l'extérieur de la mâchoire. Lorsqu'elles tombent ou sont cassées, elles sont rapidement remplacées par la dent précédente qui se redresse au fur et à mesure qu'elle migre. Les dents fonctionnelles sont remplacées environ tous les 8 à 15 jours. Les requins n'ont ainsi aucun risque de ne plus pouvoir chasser aussi efficacement lorsque leurs dents se cassent. (Que deviendrait le castor si ses incisives ne poussaient pas continuellement !!!)

Etant donné que les dents sont les seules parties dures chez les requins (ils ont un squelette cartilagineux), ce sont ces dents qui ont permis de retracer leur histoire. Elles permettent également lorsqu'un animal attaqué par un requin est retrouvé, de pouvoir reconnaître l'espèce si une dent est restée dans la morsure. Elles ont en effet une multitude de formes et de fonctions : certaines sont longues et pointues et peuvent facilement attraper de petits poissons, d'autres sont recourbées et munies de bords tranchants ou denticulés... etc, et sont adaptées à des régimes alimentaires différents.
Mâchoire inférieure du requin taureau.
Mâchoire inférieure du requin taureau.

Sang pour sens !

Les squales sont également pourvus d'organes sensoriels ultra-performants, qui les démarquent encore un peu plus des autres animaux. A commencer par la ligne latérale, présente uniquement chez les poissons et quelques espèces de batraciens. On l'aperçoit sur les flancs de l'animal, et sert notamment dans l'identification des poissons car la forme de la ligne diffère d'une espèce à l'autre. Elle est composée de minuscules trous à peine visibles à l'oeil nu, débouchant sur un canal rempli de mucus. Des cellules sensorielles ciliées baignant dans ce liquide sont sensibles aux moindres mouvements de l'eau, et informent ainsi l'animal sur ce qu'il se passe autour de lui.
La ligne latérale
La ligne latérale

Des ampoules qui éclairent bien !

Mais chez les élasmobraches (requins et raies), ce système est complété par un organe encore plus performant ! Ce sont les ampoules de Lorenzini, décrites pour la première fois par Stefano Lorenzini Fiorentino, en 1678 chez les raies torpilles. Situées au niveau du museau, elles forment des pores à la surface de la peau, que l'on voit facilement, conduisant à des canaux remplis d'une substance gélatineuse extrêmement sensible aux champs électromagnétiques.

Chaque être vivant produit un champ électrique, même au repos. C'est la contraction des muscles qui en est la cause, et bien sûr, le coeur ne cesse jamais de battre. Trouver une proie, même enfouie dans le sable devient un jeu d'enfant pour les requins, et bien sûr les raies particulièrement adaptées à fouiller les fonds meubles.

Mais la fonction des ampoules de Lorenzini ne s'arrête pas là. Elles sont utilisées également pour l'orientation. Les courants marins produisant leur propre champs magnétique, elles permettent ainsi de suivre ces courants, et de parcourir de longues distances sans se perdre. Ce qui explique que certaines espèces se retrouvent chaque année pour se reproduire dans des zones bien définies.
Schéma des ampoules de Lorenzini
Schéma des ampoules de Lorenzini

Snif... snif...snif...

Développer leurs atouts permettant une bonne survie... voilà comment les requins ont traversé les millions d'années. Mais c'est sans compter sur ce qui est certainement le sens le plus développé chez eux : l'odorat !
Et le processus de chasse commence par là, et se finira par l'attaque !
Les narines situées à l'avant du museau, sont formées d'un sac dont l'intérieur est plissé. Chaque plis, est recouvert de nombreuses cellules ciliées réceptrices. L'eau qui entre dans les narines est instantanément analysée. Ces cellules peuvent ainsi repérer une substance odorante diluée dix millions de fois ! (On dit qu'ils repèrent une goutte de sang à plusieurs kilomètres.  Lorsque la substance est repérée, commence alors une traque pour remonter jusqu'à la proie. Peut-être un animal blessé ? Le requin ondule pour suivre sa piste... un coup à droite, un coup à gauche ! Ses récepteurs l'informent en temps réel sur la direction à prendre ...

Narines et Ampoules de Lorenzini sur le museau d'un requin à pointes noires
Narines et Ampoules de Lorenzini sur le museau d'un requin à pointes noires

Sexualité plutôt... animale !

Le sexe, on le dit toujours, c'est important ! C'est ce qui va également permettre aux êtres vivants de réussir ou pas. Là aussi les requins ont su évoluer et s'adapter au mieux. D'autant plus que le rapport sexuel est plutôt musclé ! 
Afin de pouvoir féconder la femelle, le mâle va la saisir avec ses dents et lui infliger de profondes blessures. On remarque facilement les femelles après les périodes de reproduction, dont le corps est lacéré. Mais celles-ci ont développé un moyen de défense passif, en ayant un peau bien plus épaisse que les mâles.

Les mâles se reconnaissent facilement par rapport aux femelles, puisqu'ils possèdent deux ptérygopodes, qui sont les organes copulateurs. Lors de l'accouplement ils ne se serviront que d'un seul pour féconder la femelle.


Des oeufs, oui... mais pas toujours!

Les requins ont un faible taux de reproduction. Leur stratégie de type "k" consiste à ne produire qu'un faible nombre de petits (contrairement à la stratégie de type "r" ), mais qui seront capables de vivre de manière autonome dès leur naissance.

Bien que considérés comme des poissons (cartilagineux), la grande particularité vient de la diversité du développement des embryons. Aussi surprenant que cela puisse paraître, beaucoup d'espèces de requins ne pondent pas d'oeufs ! On trouve en effet des requins ovipares bien sûr (notamment les roussettes), de nombreuses espèces ovovivipares, lorsque les oeufs incubent et éclosent à l'intérieur de la femelle (le petit n'est pas relié à sa mère). Enfin, certaines espèces comme le requin tigre, le requin citron, le requin renard..., sont vivipares. Les petits sont alimentés par la mère par le cordon ombilical. Ce système ressemble fort à celui des mammifères.

La plupart du temps chez les requins vivipares et ovovivipares, l'utérus est divisé en différents compartiments, contenant chacun un petit. Mais chez le requin taureau (ovovivivpare), on trouve une particularité supplémentaire ! Tous les oeufs sont contenus dans le même compartiment. Le premier petit qui éclot se nourrira alors des autres oeufs ! C'est du cannibalisme intra-uterin. La femelle continuera alors à produire des oeufs non fécondés jusqu'à la naissance des deux seuls petits qui naîtront (un dans chaque trompe) et qui seront déjà de vrais prédateurs !


Encore un peu de bio...

Voici un schéma de la morphologie des requins. Il y a bien sûr des variations selon les différents ordres de la classification. L'épine dorsale n'est pas toujours présente, notamment chez les espèces les plus récentes. Les fentes branchiales peuvent être au nombre de 5, 6, ou 7.
Les carcharhiniformes, certainement les requins les plus connus, possèdent une membrane nictitante qui permet de protéger les yeux.
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Les grandes familles de requins

Les requins forment un groupe paraphylétique. A ce titre, ce sont surtout les caractéristiques morphologiques qui permettront de les reconnaître. Ils appartiennent à la classe des Chondrychtiens  qui regroupe les poissons cartilagineux.

Voici quelques pistes afin de visualiser les différents ordres des requins :
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Anthony LEYDET
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