Grossesse et plongée : l'alliance impossible


  

Mesdames, vous savez très certainement qu’attendre un heureux événement implique quelques petits sacrifices, dont la mise en veille de toute envie de plonger pendant de longs mois, mais savez-vous vraiment pourquoi ?


Des raisons pratiques…

S’habiller : changer de combinaison tous les mois pour caser un bedon de plus en plus volumineux n’est pas vraiment envisageable. Il en est de même pour vos chaussons, avec les chevilles qui enflent, la seule option est d’emprunter ceux de votre conjoint. S’équiper aussi peut être fastidieux. Déjà qu’en temps normal chausser ses palmes relève de l’exploit sportif, ça l’est d’autant plus lorsqu’il y a un petit obstacle entre vous et vos pieds, et ce n’est même pas la peine d’essayer d’aspirer votre ventre, ça ne marchera pas. Palmer : aussi légère qu’on puisse se sentir dans l’eau, les kilos « en trop » ne se feront pas oublier et vous en viendrez sûrement à rêver de palmes à hélices.

….Qui sembleront vite évidentes

Donc vous l’aurez vite compris étant grosse, crevée, essoufflée au moindre escalier, vaguement nauséeuse sans même poser le pied sur un bateau, bientôt incapable d’enfiler une combi ou même de lacer ses chaussures la plongeuse enceinte est vite obligée de se rendre à l’évidence, il faut renoncer à la plongée. Mais pour les plus courageuses à qui il faut beaucoup plus que ça pour lâcher l’affaire, sachez ce ne sont pas ces petits désagréments qui posent vraiment problème, les contre-indications sont ailleurs.


Accident de décompression pour maman

Les tables de décompression ayant été conçues pour un modèle standard « Jeune homme en bonne condition physique », elles s’appliquent mal au modèle « Femme, jeune ou pas, avec des kilos en trop, des nausées, des vomissements, des envies de fraises doublées d’envie de meurtre contre celui qui l’a mise dans cet état, et fatiguée du réveil au coucher ». Plus sérieusement, la possibilité d’accumulation d’azote dissous dans la poche placentaire et le peu de recul qu’il y a quant à ses modalités de restitution éloignent le corps de la femme enceinte du modèle physiologique " standard " pour lequel les modèles de décompression sont validés. Il semble donc dangereux de planifier des plongées selon des tables de décompression inadaptées.

Risque de malformation pour bébé

Même s’il baigne déjà dans un liquide et qu’il ne respire pas encore comme nous bébé n’est pourtant pas en reste. L’azote dissous pouvant passer du sang maternel au placenta, un risque d’accident de décompression n’est pas à exclure, ce qui pourrait entraîner des malformations ou des défauts de croissance. Peu d’études ont été menées à ce sujet, et les rares recherches semblent montrer que le risque d’atteinte au fœtus s’accroit avec la profondeur et avec l’avancement de la grossesse. Et même si vous connaissez toutes des filles qui ont plongé au moins pendant le premier trimestre de grossesse et qui ont malgré tout des enfants magnifiques, dans le doute, ça vaut le coup de s’abstenir.


Et si c’est trop tard

Pas de panique si vous vous rendez compte de votre grossesse au retour d’un voyage de plongée. Il est clair qu’un test de grossesse n’est pas la première chose à laquelle on pense en préparant son sac de plongée, de même qu’on ne panique pas à la première nausée venue, surtout lorsque on est dans un pays exotique où on s’autorise toutes les folies, comme bouffer des insectes ou des tartares de viandes non identifiées. Donc pas de panique Mesdames car il semblerait que le seul risque que vous encourez à plonger entre 0 et 6 semaines de grossesse et à moins de 20 mètres de profondeur, est que votre bébé naisse avec « masque, palmes et tuba ».

Quand est ce qu’on replonge ?

Après neuf mois d’abstinence, il est clair que l’envie se fait de plus en plus pressante mais là encore même si la reprise peut normalement se faire quatre semaines après l’accouchement, il faudra être patientes car entre le baby blues, les couches et les biberons, la seule énergie que vous aurez sera celle d’écouter votre cher et tendre vous raconter sa dernière plongée sur une épave à 40 m et le grand moment de complicité qu’il a eu avec un somptueux mérou de 2m. Mais attendrie ou agacée, au choix, vous lui permettrez ces instants de bonheur, coupable de jouir seule d’une plénitude qu’il ne pourra jamais connaître, une plénitude qui vaut bien quelques sacrifices.

Myriam Moussa
Myriam Moussa
sur scuba people


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