BIO : Poulpe vs Pieuvre

par Anthony Leydet | le Samedi 11 Décembre 2010 | Lu 21196 fois

  

8 tentacules "passe-partout", un regard d'une curiosité indéniable, plutôt joueur et doté d'une troublante intelligence pour un invertébré, le poulpe est un animal qui ne laisse jamais insensible le plongeur qui le croise...
Rencontre avec celui qui parait parfois comme un monstre marin surgi des profondeurs, mais qui égayera vos plongées partout dans le monde. A vous de savoir l'approcher au mieux pour que l'échange dure le plus possible...


Un petit poulpe? Une grosse pieuvre?

BIO : Poulpe vs Pieuvre
De l'embranchement des mollusques, classe des céphalopodes, il existe de nombreuses espèces de poulpes à travers le monde, et l'on ne sait généralement pas faire la différence avec les pieuvres... 
Pas si étonnant que ça, puisqu'il s'agit tout simplement du même animal ! 

C'est Victor Hugo qui rapporta le mot "pieuvre" dans la littérature, en 1865, suite à son séjour sur l'île britannique de Guernesey. C'est ainsi que les pêcheurs appellent l'animal. C'est alors que le terme remplace petit à petit le "poulpe", qui est un terme pourtant plus scientifique puisqu'il vient du grec, "polypous" signifiant "plusieurs pieds". 
On entend encore généralement que les petits individus sont des poulpes et les grands des pieuvres !

Où les chercher ?

BIO : Poulpe vs Pieuvre
Généralement, on ne cherche pas les poulpes : ce sont bien souvent eux qui nous trouvent ! Même si on ne doit en voir qu'un seul sur... un certain nombre qui vous regardent passer, certainement très intrigués de voir ce gros animal à 4 tentacules pas très habile sous l'eau. Comme pour beaucoup d'animaux, vous passerez à côté de dizaines d'individus sans même les remarquer !
Mais là où vous aurez le plus de chance de les trouver, c'est au pied des éboulis rocheux, où il y a de petites cavités dans lesquelles ils seront bien à l'abri tout en ayant une vue panoramique sur l'océan ! D'ailleurs, on repère facilement la tanière du mollusque, dont l'entrée présente un amoncèlement de petits galets disposés comme pour édifier une muraille miniature entre l'extérieur hostile et l'intérieur douillet. 

Les herbiers de posidonie sont aussi un terrain de jeu et de chasse qu'ils apprécient... ils s'y cachent facilement en se fondant au plus bas des sombres lanières de la plante.

Et si vous vous immergez après le coucher du soleil, peut-être que vous en croiserez quelques-un sur le sable, partis à la recherche de quelques bivalves à se mettre sous le bec ...

Quelles espèces ?

En Méditerranée, vous pourrez croiser lors de vos plongées, essentiellement deux espèces de poulpes; mais le poulpe commun (Octopus vulgaris ) est celui que vous verrez dans la quasi-totalité des rencontres. De jour comme de nuit, dès la surface, les rencontres avec cette espèce sont communes.
BIO : Poulpe vs Pieuvre

L'autre espèce, c'est le poulpe à long bras (Octopus macropus ), que vous ne pourrez observer que de nuit... Certaines espèces comme celle-là se méritent ! (J'ai personnellement mis longtemps à voir mon premier !). Il est fortement reconnaissable, avec de gros points blancs qui recouvrent son corps, plus effilé que le poulpe commun. Et comme son nom l'indique ses tentacules sont bien plus longs.
BIO : Poulpe vs Pieuvre

Loin de la Grande Bleue, il existe bien sûr de nombreuses espèces, mais certaines pourraient attirer votre attention...
Une espèce très petite, dont le corps mesure à peine la taille d'un pouce... la pieuvre à anneaux bleus (Hapalochlaena maculosa ) vit dans les eaux australiennes, et est connue pour être une des espèces les plus venimeuses du monde ! Une espèce à approcher avec une grande vigilance car curieuse et pouvant mordre si elle se sent menacée... un coup de bec, et c'est l’arrêt cardiaque quelques minutes plus tard (le venin provoque une paralysie totale et donc l’arrêt ventilatoire... conduisant à l’arrêt cardiaque).

En Asie du sud-est, les plongeurs qui ont notamment exploré les richesses du détroit de Lembeh auront certainement croisé la plus surprenante des espèces... le poulpe mimétique. Mais gardons-la pour plus tard...

Un peu plus de bio...

En tant que mollusque, le poulpe a un corps mou. Mais contrairement à la plupart d'entre eux, celui-ci n'a aucune partie dure, mis-à-part un petit bec au niveau de la bouche. C'est cette caractéristique qui lui permet de passer à peu près là où il le désire, même parfois dans des cavités très petites. Sa tête est située entre un corps globulaire, contenant tous les organes, et 8 tentacules possédant chacun deux rangées de ventouses. Ses branchies sont situées dans la cavité palléale. Un siphon permet d'en faire sortir l'eau, mais également de propulser l'animal pour se déplacer. C'est dans cette cavité, également, que se trouve la "poche d'encre" utilisée en cas d'agression.

Champion du camouflage !

La grande force des poulpes, et des autres céphalopodes, c'est justement de pouvoir se faire très discrets dans leur environnement. Et ils possèdent une arme imparable pour cela : les chromatophores ! Ces cellules "magiques" de la peau, qui ont la capacité de déformer un petit sac rempli de pigments qu'elles possèdent, le sacculus cytoélastique. En changeant la forme ou la taille de ces éléments, la peau de l'animal change de couleur... Il peut alors se fondre dans le décor par homochromie.
Mais en plus de pouvoir changer de couleur, ils ont également la capacité de changer l'apparence de la texture de la peau. Plutôt hérissés dans les algues, ils apparaîtront plutôt lisses au milieu des galets.
BIO : Poulpe vs Pieuvre

Le festin du poulpe... Du poulpe ?

Comme je l'ai déjà dit plus haut, lorsque l'on trouve un petit tas de coquilles vides à l'entrée d'un trou, c'est que monsieur Octopus n'est pas loin ! Les bivalves qui vivent enfouis dans le sable sont un met qu'il apprécie. Mais sa nourriture de prédilection reste les crustacés, essentiellement les crabes. Pour les chasser, il peut se mettre à l'affût et bondir sur une proie de passage. Il utilise alors son bec "de perroquet" pour injecter un venin, qui rendra la chair liquide, et l'aspirera.
Une étude menée en Tunisie, dans le golfe de Gabès, a montré que les poulpes peuvent aussi être cannibales ! Ils ont en effet trouvé de la chair de poulpe dans l'estomac de certains individus (Wided ZGHIDI et Al. , Régime alimentaire du poulpe commun du golfe de Gabès).

C'est certainement les prémices du festin que j'ai eu l'occasion de filmer lorsqu'au cours d'une plongée près de Marseille, je suis tombé sur un combat entre deux individus, dont l'un était bien blanc... Il y avait de fortes chances que ça soit une femelle, épuisée après avoir ventilé ses oeufs jusqu'à l'éclosion. Dans la plupart des cas la femelle meurt juste après... mais les oeufs ont survécu et les petits naissent... Le but est atteint. Parfois, et même souvent, la vie des uns passe d'abord par la mort des autres...

Une intelligence de poulpe !

Ces animaux ont depuis longtemps intéressé les scientifiques, et sont considérés aujourd'hui comme les invertébrés les plus évolués.
Voici un documentaire sur les expériences menées par les scientifiques de l'aquarium de La Corogne en Espagne... Edifiant!!!


Certaines espèces de petits poulpes d'Asie ont pris l'habitude de se réfugier à l'intérieur des coquilles d'un bivalve, voire même de se confectionner un « faux-coquillage bouclier » à l’aide de deux morceaux de noix de coco qu’ils assemblent !... Ils ont même mis au point une manière de se déplacer avec leur noix de coco… Une opération facile pour l'"intello" des mollusques !

Ce n'est que dans les années 90, que le plus formidable des poulpes a été découvert. Son habitat : un fond sablo-vaseux d'origine volcanique, que l'on trouve notamment dans le détroit de Lembeh en Indonésie. C'est ici que vit celui qui a été baptisé poulpe mimétique (Thaumoctopus mimicus ). Il n'est pas simple de se déplacer, afin d'aller chercher un abri ou de la nourriture, sur ce fond plat et homogène. Et vu les espèces qui rodent... ce serait un suicide !
Mais le poulpe mimétique a trouvé la parade : tout simplement se faire passer pour un autre animal lorsqu'il se sent menacé et lorsqu'il se déplace. Mieux encore ! Il adapte l'espèce mimée selon les espèces qui lui tournent autour, afin de toujours se faire passer pour plus fort ! Prenant l'aspect d'une sole pour se déplacer, il change en un instant pour devenir une rascasse volante ou un serpent très venimeux.
Il se déplace même en pleine eau, fait rare chez les poulpes, en imitant une méduse...


Anthony LEYDET
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