"Arles, l'histoire engloutie"


  

Nous nous souvenons tous de la découverte du buste de César dans les eaux troubles du Rhône. Alors que le musée départemental Arles Antique expose déjà et jusqu’au 2 janvier 2011, les plus belles pièces dans le cadre de l’exposition « César, le Rhône pour mémoire », les archéologues poursuivent leurs recherches et continuent à faire des découvertes exceptionnelles. Mathieu Pradinaud, réalisateur du film documentaire « Arles, l’histoire engloutie » les a suivis.
Il nous raconte son tournage.


Entrée dans l’histoire

Depuis les repérages et ma première rencontre avec les archéologues, un an est passé. En contact permanent avec les trois co-responsables de la fouille, Sabrina Marlier, spécialiste d’architecture navale, Sandra Greck, spécialiste du bois et David Djaoui, céramologue au musée départemental Arles Antique, je prépare au mieux le tournage, l’idée étant de suivre la campagne pas à pas. Et ce matin, enfin, je suis sur les quais du port Antique de Trinquetaille. Les deux bateaux des archéologues sont en place, une petite péniche comme bureau, base de travail et dortoir ; et le « fleur de cactus » support surface durant la fouille. Le site est balisé par des bouées indiquant la proue et la poupe de l‘épave ; il est gigantesque, plus de 30 mètres.

« Arles, l’Histoire engloutie », un film de Mathieu Pradinaud.

Une émotion palpable

Les plongeurs qui comme moi aiment les épaves, connaissent tous ce sentiment de respect qui nous envahit durant chaque plongée sur épave : savoir que je vais évoluer autour d’un bateau en bois presque intact construit il y a plus de 2000 ans me plonge dans une réelle émotion… Jean-Luc Verdier, le chef d’opération hyperbare surprend mon excitation bien palpable et me donne les dernières consignes de sécurité avant de partir dans cet environnement hostile.

Tournage en eaux troubles

Depuis plus de vingt ans que je plonge, j’ai rencontré des visibilités plus ou moins bonnes, en lagunes, dans l’Atlantique en Côte d’Ivoire …Mais là… La tête dans l’eau je n’y vois rien. Je suis à trois mètres, je m’enfonce dans la purée de pois, le courant est énorme , souvent plus de 5 nœuds, il m’envoie des particules plein le masque. Je descends encore. A six mètres, les choses s’arrangent. A travers le viseur de ma caméra, une bonne surprise, l’image est bien nette même si la visibilité ne dépasse pas 30 centimètres, et l’optique, heureusement, voit mieux que moi.


Je découvre l’épave

L’épave apparaît enfin, intacte. C’est Arles Rhône 3, un chaland à fond plat datant du premier siècle avant Jésus-Christ, une sorte de barge fluviale qui servait à transporter les marchandises. Ces bateaux remontaient le Rhône, halés par un trentaine d’hommes, pour alimenter les fameuses légions ainsi que toutes les villes, en huile, vins, sauces de poissons et en marchandises et matériaux de toutes sortes. Bien lesté, je m’habitue au courant, je me fonds dans le fleuve. L’émotion est toujours présente, je me concentre sur le travail à accomplir, ramener de belles images pour témoigner de l’histoire de nos ancêtres…
"Arles, l'histoire engloutie"

Sur le quai de Trinquetaille

Après chaque plongée, d’une heure et demie en moyenne, je remonte en suivant prudemment la ligne de vie. Je retrouve le fameux quai du port Antique de Trinquetaille, et Véronique, mon assistante et « camérawoman » qui tourne les plans extérieurs quand je suis sous l’eau. Malgré le masque facial, obligatoire pour éviter tout contact avec l’eau du Rhône (il est interdit de s’y baigner et nous, y passerons plus de trois heures par jour), il faudra se doucher avec un savon antiseptique et surtout se rincer les oreilles avec de l’alcool boriqué afin d’éviter les infections …Mais peu m’importe, rien, tout au long de ce tournage difficile n’aura terni ma motivation et mon émerveillement.

Un cadeau de César

Pour remercier les Arlésiens de l’avoir aidé à vaincre Pompée, César avait fondé en 46 avant Jésus-Christ Arelate ; une colonie romaine jouissant des mêmes avantages que Rome. A sa mort, Auguste, son fils adoptif lui succède ; il sera le bâtisseur de la ville en y faisant construire des monuments publics comme l’amphithéâtre où se succèdent les jeux et les combats de gladiateurs. Il édifie une enceinte pour protéger la ville ainsi que le forum et plusieurs temples. Sur la rive droite du Rhône, la construction d’un véritable port fluvial où règne une activité intense fera d’Arelate un carrefour incontournable de l’Antiquité. La ville devra sa prospérité à ce port qui lui permet de relier le monde méditerranéen au centre de la Gaule. Les Marchandises arrivées par Bateau et stockées dans de vastes entrepôts desserviront toutes les provinces de l’empire.

Des pièces exceptionnelles

Cette dernière fouille a encore livré des pièces archéologiques de grande importance historique : un lustre en céramique, pièce unique au monde par sa taille et son état de conservation mais aussi des informations précieuses sur le navire de 31 mètres dont la proue a une forme inhabituelle, ainsi que deux morceaux de corde, en parfait état, passant dans les amarres. Et dans ce que l’on appelle le « dépotoir portuaire », on a retrouvé notamment des milliers d’amphores dont une exceptionnelle ornée d’inscriptions, une autre encore fermée et qui à l’ouverture a laissé filtré un étonnant parfum d’anchois, une cruche en bronze ornée d’un médaillon identique à celles qui avaient été retrouvées… L’an prochain, l’un des objectifs de l’équipe Arles Rhône 3 sera de renflouer l’épave, afin de la restaurer et de l'exposer au musée départemental Arles Antique.
"Arles, l'histoire engloutie"


Mathieu Pradinaud
Mathieu Pradinaud  

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César, le Rhône pour mémoire - en savoir plus sur l'exposition




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