38e Festival Mondial de l'Image Sous-Marine

par Isabelle Croizeau | le Vendredi 11 Novembre 2011 | Lu 2082 fois

  

Le trente-huitième festival de l’image sous-marine se tenait à Marseille au Palais du Pharo du 26 au 30 octobre. Nous y étions bien sûr, pour le plaisir de retrouver ceux qu’on ne voit qu’une fois par an, pour les films, les photos. Nous vous en avons ramené quelques jolis souvenirs.


La diversité : la marque de fabrique du Festival

Il y en a pour tous les goûts : du documentaire animalier irréprochable, qui vous en met plein les yeux et vous embarque sur la planète mer, au court-métrage décalé qui vous étonne et vous déstabilise, en passant par des films engagés qui vous obligent à réfléchir. C’est la marque de fabrique du festival, depuis toujours. Un espace de liberté, où des films improbables peuvent se glisser. Bien sûr, les valeurs sûres, comme l’ont montré encore cette année Christian Pétron ou René Heuzey, raflent de nombreux prix. Mais l’on voit aussi émerger de jeunes réalisateurs, comme Manuel Lefèvre (Prix de l’Institut Océanographique Paul Ricard pour Fish Life), pour qui le premier festival auquel il participait en 2007, timidement, a été un tournant. « Pour moi, explique-t-il, il s’agissait de montrer mes images et de voir comment elles étaient perçues par le public ». Et il n’y a que là qu’un réalisateur débutant puisse se jeter dans le grand bain et se frotter aux plus grands, « les pionniers de la discipline », comme il se plait à les nommer.

L'inauguration


Une vraie dimension internationale

Et la dimension internationale du festival ne se dément pas. La lecture du palmarès parle d’elle-même : pas moins de huit nationalités représentées parmi les lauréats des différentes catégories de films et plus d’une dizaine parmi les photographes récompensés, venus d’Italie, du Japon, d’Allemagne, de Russie ou encore par exemple du Brésil. Et c’est ce grand creuset qui depuis toujours donne sa richesse au Festival. Nul par ailleurs on ne trouve concentrés autant de passionnés, qu’ils soient professionnels ou amateurs, venus des quatre coins du monde.

Edition 2011 : le Japon à l'honneur


Avec vue sur le Vieux Port

Pour la troisième année consécutive, le festival avait pris ses quartiers au Palais du Pharo : et si quitter Antibes à l’époque en avait dérouté plus d’un, il faut reconnaître le caractère exceptionnel du lieu. On domine le Vieux Port d’un côté, la rade de Marseille de l’autre, on aperçoit les îles : une invitation au voyage, une plongée permanente dans deux mille ans d’histoire, et une pensée pour tous les pionniers du monde sous-marin qui ont vécu et vivent encore à Marseille. En ajoutant à cela des salles de projection irréprochables, un grand parvis qui domine le port et la ville, l’équation est parfaite.
Palais du Pharo - Marseille
Palais du Pharo - Marseille

Un public timide

Pourtant, cette année, le public n’a pas répondu massivement à l’appel. Pour les « badgés », ceux qui sont là en tant qu’exposants, en concours, en tant qu’anciens lauréats, en tant que professionnels, le festival est toujours un moment de bonheur. Parce que l’on y retrouve des gens que l’on estime, dont on admire le travail, que l’on y découvre les projets de chacun. Mais on a parfois le sentiment d’être entre festivaliers, et l'impression que le public, en quelque sorte, serait exclu de la fête.

A quand une catégorie « espoirs » ?

Le festival est depuis toujours, que ce soit en film ou en photo, une pépinière de talents, mais les moins aguerris restent un peu plus dans l'ombre : et face aux  pros, aux cadors, qui connaissent leur métier sur le bout des doigts, il y a ceux qui démarrent, qui balbutient encore, mais dont le talent à peine éclos transparaît déjà. On pourrait imaginer un prix spécial, une catégorie « espoirs » en quelque sorte, comme cela existe dans le cinéma ou la musique…


LES IMAGES primées


Des lauréats trop absents

Un point sans doute a marqué ceux qui étaient présents, et le phénomène est allé grandissant ces dernières années : des remises de prix sans lauréats… Malgré tous les efforts de Marine Etard et de Béatrice Laure Berthon, malgré tous ceux des membres du jury sur scène, une remise de prix sans lauréat a quelque chose de sinistre. Peut-être faudrait-il imposer, même si l’on comprend bien que les concurrents ne peuvent pas tous se déplacer surtout quand ils sont étrangers, que chacun d’entre eux ait au moins mandaté un représentant, quelqu’un qui pourrait recevoir à sa place son trophée.



La fin d’une époque

Cette année, nous le savions, marque la fin d’une époque. Daniel Mercier, après avoir porté le festival pendant près de quatre décennies, va passer la main. Il nous a donné à rêver, à partager, inlassablement, portant parfois à bout de bras le festival. Parce qu’une telle entreprise, au sens noble du terme, roule rarement toute seule, il y a mis pendant 40 ans toute son énergie, toute sa détermination. Le Festival va continuer, il sera sans doute différent, réinventé sûrement, et nous souhaitons le meilleur à ceux qui vont reprendre le flambeau.

Mais nous tirons d’abord notre chapeau, à Daniel, et à tous les bénévoles de l’ombre qui répondaient présents chaque année. Merci Daniel !

Retrouvez l'ensemble du palmarès sur : www.underwater-festival.com

Extrait de "Fish Life" de Manuel Lefèvre


38e Festival Mondial de l'Image Sous-Marine

Manuel Lefèvre : parcours d’un jeune réalisateur

Aujourd'hui lauréat du prix de l'institut océanographique Paul Ricard, Manuel Lefèvre, comme beaucoup d’entre nous, a commencé sa « carrière » dans le rôle de spectateur, installé le dimanche après-midi dans le canapé familial devant les aventures de la Calypso ! Et la plongée, au cours des étés passés sur les bords de Méditerranée, s’est très vite imposée à lui. D'abord activité de loisir pour assouvir sa curiosité des fonds marins, la plongée est devenue petit à petit une vocation professionnelle.
Avec un père passionné par l'image qui s'était fabriqué son propre caisson de caméra, Manuel a su saisir l'opportunité qui s'offrait à lui pour faire ses premières images sous marines. Toute la famille est mise à contribution pour la réalisation de son premier film de 26 minutes « A chacun son style ». Cette expérience leur laisse d'ailleurs d'impérissables souvenirs, comme cette première rencontre avec des dauphins en Égypte ou la première raie manta croisée aux Maldives. Au travers des masques de plongée, les regards émerveillés de ses parents et de sa sœur témoignent d'une émotion d'autant plus palpable.
Cette première réalisation «d' amateur » fut bien récompensée : le film suscita l'intérêt des professionnels, et il signait son premier contrat avec une société de production quelques mois plus tard.
Plus récemment, parmi ses plus beaux souvenirs, il nous raconte aussi comment il a filmé une ponte d'anémone. Des images extraordinaires faites de nuit, presque volées pendant qu'il effectuait son palier et qui lui ont permis de gagner la HugyCup en 2010.
Avec « Fish Life », série de 12 documentaires, Manuel a obtenu plusieurs distinctions en festivals. Et la reconnaissance est internationale puisque la série est diffusée dans le monde entier sur la Raï, Discovery Channel, TV5 Monde et bien d'autres.

Pourtant, en tant que réalisateur autodidacte, Manuel a souvent été confronté aux difficultés du milieu. Pour mieux comprendre et maîtriser les rouages du métier, il est alors retourné sur les bancs de l'université d'où il est ressorti en septembre dernier, un master professionnel production cinéma & audiovisuel en poche. Trouver des financements, maîtriser la fabrication du film... le pari était risqué, et pourtant, Manuel a aujourd'hui des projets d'envergure en préparation. Il veut désormais pouvoir inscrire ses films dans un véritable contexte professionnel en s'entourant au mieux. Il a déjà travaillé avec Danny Van Belle, palme d'or du festival de l'image sous marine avec « La Loi de la faim » dont il a signé les images du générique.

Entouré d'une équipe de production et de réalisation, Manuel prépare actuellement un documentaire de 52 mn sur l'étang de Thau qu'il co-signera avec Laurent Ballesta, biologiste marin et photographe que l'on ne présente plus. En parallèle, il prépare une nouvelle série sur les différents embranchements du règne animal marin, à commencer par un épisode sur les mollusques.

 
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