330 mètres sous les mers avec Pascal Bernabé

par Isabelle Croizeau | le Vendredi 9 Décembre 2011 | Lu 10429 fois

  

Six ans après le record de profondeur de Pascal Bernabé, à 330 mètres, un documentaire retrace cette aventure humaine hors du commun : entre reconstitutions, images d’archives et interviews, « 330 mètres sous les mers » nous entraîne à la découverte d’un autre monde, celui de Pascal mais aussi des autres explorateurs de l’extrême qui avant lui ont choisi d’affronter « le noir, la solitude, le froid ». Et si la plongée profonde n’est pas mon univers, j’ai été embarquée !


Retour sur un record

L’envie est née d’une rencontre. Il y a un peu plus de deux ans, Laurent Mini, réalisateur, rencontre Pascal Bernabé. Et le courant passe, un projet prend forme. Il a fallu bien sûr, pour les passages qui concernent directement le record, reconstituer les scènes. L’équipe a tourné à Marseille, à Fontaine de Vaucluse, dans le Lot, mais aussi à Malte et en Egypte. Mais la magie reste intacte, Pascal retrouve sur les séquences de nuit une ambiance proche de celle de son record. Et ce temps écoulé donne au documentaire une profondeur supplémentaire. Pascal, et ceux qui l’ont entouré à l’époque, loin de l’excitation du moment, posent sur l’exploit un regard apaisé.
330 mètres sous les mers avec Pascal Bernabé

La bascule

Au départ, Pascal n’était pas plongeur. Jusqu’à une première immersion, presque par hasard, en Mer Rouge, en octobre 1990. Pendant un an, temps libre et moyens financiers seront presque exclusivement consacrés aux merveilles sous-marines égyptiennes. Puis, un peu plus tard, c’est le grand déclic. Des amis lui offrent un livre de plongée, et il découvre, pour la première fois, une photo de plongeur spéléo. Sa vie bascule.

Aller là où les autres ne vont pas

Pendant des années, Pascal Bernabé va explorer, toujours plus loin, toujours plus profond, juste pour « aller là où les autres ne vont pas ». En 1996, on lui confie la mission d’aller récupérer deux robots coincés à 175 mètres à la Fontaine de Vaucluse. Un moment important pour le jeune plongeur, qui va sceller sa course vers les profondeurs. Une quête obsédante dont rien pendant des années ne va pouvoir le détourner. Ni l’angoisse, ni les peines lorsque certains de ses camarades de plongée ne remonteront pas. C’est une obsession, et c’est ce qui est fascinant chez lui, cette incapacité à renoncer mêlée à une pleine conscience des risques encourus. « J’étais content d’être vivant, content de l’avoir fait et d’être débarrassé d’un poids », explique-t-il.

Making off du documentaire "330 mètres sous les mers"

« Dans l’inconnu scientifique total »

Pour le commun des mortels, un tel record ressemble à une quête de l’inutile, et l’humilité de Pascal le rapproche un peu de nous. « j'étais terrifié le jour même, reconnaît-il, mais avant ça me semblait juste évident et c'était une obsession. » Et c‘est aussi l’intérêt de ce documentaire, qui fait la part belle à ce que ressent l’homme au moment d’aller, peut-être, bien au delà de la limite acceptable. Parce qu’à cette profondeur, comme le rappelle le docteur Bernard Gardette, directeur du Centre d’Etude Hyperbare de la Comex qui a travaillé avec Pascal au moment du record, on est « dans l’inconnu scientifique total ». Et il faut bien une part de folie pour s’y risquer. A travers des interviews, Pascal s’exprime, analyse ce qu’il a ressenti, en parallèle avec son ami François Brun, qui a géré toute l’organisation du record.

Les conquérants de l’inutile

« Vous avez des individus qui vont aller sur l’Everest, et d’autres qui vont s’arrêter au camp de base », résume Bernard Gardette ». Et le parallèle semble juste. Comme d’autres se sont risqués sur le toit du monde, sachant que peut-être ils n’en reviendraient pas, les plongeurs des grandes profondeurs repoussent leurs limites. « Bernard Gardette a sans doute pensé, commente Pascal, que c'était très risqué, mais il a préféré m'aider quand même plutôt que de rester les bras croisés, puisque ça ne changerait rien...Et je lui en suis reconnaissant. Son expertise m'a beaucoup aidé, pour ma décompression mais aussi psychologiquement. »

Images : Audrey Cudel

L’importance d’une équipe

Et le documentaire, à travers plusieurs intervenants, montre bien l’importance de l’équipe, sans qui, rappelle Pascal, « rien n’est possible, sur le plan technique bien sûr mais surtout sur le plan mental, puisque ça représente 80% de la réussite de ce type de plongée. » 6 ans après le record de Pascal Bernabé, ni le sien ni d’ailleurs celui de Théo Mavrostomos, l’homme le plus profond du monde avec 701 mètres atteints au centre hyperbare de la Comex, n’ont été égalés. « j'ai connaissance d'autres projets, explique Pascal, qui traînent un peu, connaissent des retards, des échecs...comme le mien et les autres avant. Je pense que nous sommes dans la zone maximale, mais je ne serais pas surpris que quelqu'un fasse quelques mètres de plus demain...à moins que ce ne soit jamais. »

En savoir plus :
http://pascalbernabe.com/

Au salon de la plongée, puis sur France 3

Une projection publique aura lieu au salon de la plongée le 13 janvier à 19h00, suivie d'un débat en présence de Pascal Bernabé, François Brun et le Dr Bernard Gardette.
Une diffusion sur Fance 3 en région sud ouest( Midi-Pyréennées et Languedoc Roussillon) est prévue le 18 janvier, et une diffusion sur France 3 national avant l'été, en mai ou en juin.

« 330 mètres sous les mers », réalisateur Laurent Mini, producteur Karim Samaï, La Compagnie des Taxi-Brousse. Images sous-marines René Heuzey.


Actualité : Le guide tek réédité, chez Gap

Face au succès de la première édition du Guide de la plongée Tek, de Pascal Bernabé, François Brun et Patrice Strazzera, l’ouvrage vient d'être réédité. La nouvelle édition, augmentée, présente quelques 500 photos, 110 illustrations, 80 tableaux explicatifs. L’ouvrage version 2012 propose de nombreux compléments sur la fabrication des mélanges, le matériel, les recycleurs, les bases techniques fondamentales, la plongée souterraine, la décompression…
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